La transition a commencé il y a plus de trois ans. Nous sommes dans l’an IV de la fin du régime IBK par un coup de force orchestré le 18 Août 2020, après plusieurs mois d’instabilités. L’élément déclencheur de la crise sous IBK était l’insécurité dans la partie Centre et même au Nord. S’en est ajouté une crise politique sans précédent. A l’entame de la quatrième année de cette transition qui se veut annonciatrice de la refondation du Mali dans biens de domaines, ne faut-il pas faire attention car on ne peut pas gérer comme les régimes précédents et s’attendre à un résultat différent. Les discours doivent laisser la place au travail dans tous les domaines.
L’armée rassure, mais…
Sur le plan sécuritaire, élément catalyseur de l’instabilité institutionnelle et politique du Mali, d’après nos constats, les moyens disponibles actuellement ne justifient pas le résultat. Les armes, les vecteurs aériens et les moyens roulants ont été achetés pour éviter les tueries des civiles sur toute l’étendue du territoire national ou pour minimiser la perte en vie humaine des soldats au front ? Pourquoi la circulation des personnes et des Biens n’est toujours pas possible dans plusieurs localités du Mali ? Pourquoi des attaques se multiplient au Pays Dogon sans une réaction prompte de l’armée à travers les moyens aériens et terrestres ? Pourquoi les écoles restent toujours fermées dans plusieurs localités ? Pourquoi des villages entiers se déplacent toujours vers des villes ?
L’objectif réel de l’achat des armements n’est pas souvent connu par le peuple. C’est la raison pour laquelle il est difficile de se prononcer sur la réussite ou non du secteur de la défense et de la sécurité, sous cette transition désormais très longue.
On le sait, le Mali est un pays très vaste. La sécurisation de l’ensemble du territoire demande beaucoup de moyens humain et matériel. L’effectif de l’armée n’est pas très conséquent pour sécuriser en même temps toutes les localités. Le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour que le résultat confirme les moyens annoncés. Il faut maintenant penser à chercher des stratégies pour que les moyens déployés puissent produire le résultat escompté. Est-ce qu’il y a une stratégie de coopération entre les forces de défense et de sécurité et la population, notamment dans les zones à conflit comme le Pays Dogon, les zones de l’outre-fleuve à Mopti, au Nord, etc. ?
On le sait, le peuple soutien l’armée et le concept ‘’l’armée monte en puissance’’ est d’un apport incontournable dans la stratégie de communication en faveur de la propagande. Le ministère de la réconciliation national, de la paix et de la cohésion sociale, chargé de l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger doit jouer un grand rôle dans l’implication de la population dans la gestion de cette crise en jouant sur l’économie locale, la cohésion sociale etc. Les terroristes jouent sur l’économie pour occuper les territoires. Pourquoi l’Etat ne peut pas en faire autant ?
Aujourd’hui, le Mali s’affirme en puissance militaire dans l’espace CEDEAO. Le pays continue de se doter des armements de nouvelle génération.
L’anarchie politique
Sur le plan politique, le Mali est dans un schéma d’anarchie politique. Ainsi, le militaire est dans la politique, le politique est dans le social et le social est dans le communicationnel. Chacun cherche son chemin. Il n’y a pas d’orientation. Le ministère de l’Administration territoriale ne doit pas gérer les partis politiques. Il faut confier cette tâche à un autre ministère comme celui de la Refondation, par exemple, afin de trouver les formules réelles de développement et les orientations politiques nécessaires pour l’essor de notre pays en temps de crise.
Aujourd’hui, certains hommes politiques et les militaires se regardent en chiens de faïence. Pour asseoir une base fiable de stabilité, le rôle du militaire est de défendre la patrie et sécuriser les populations. Le rôle du politique, c’est de diriger le pays. Donc, il est au-dessus du militaire. Tant que le militaire continuera à jouer le rôle du politique, dans notre pays, la stabilité sera un rêve qui ne se réalisera sûrement jamais.
Aussi, l’adoption d’une nouvelle constitution, à la méthode ancienne est salutaire, mais aussi dangereuse. L’élément refondateur doit être irréprochable.
Le Mali tire avant de viser
Sur le plan diplomatique, il faut changer la diplomatie classique, pratiquée dans notre pays. Il faut aller vers la diplomatie des intérêts économiques. Notre pays doit sortir des attaques car notre diplomatie tire avant même de viser. Une diplomatie d’intérêt économique est toujours plus bénéfique pour le peuple qu’une diplomatie d’intérêt politique. Le politique n’agit plus sur l’économie.
Le gouvernement malien devait refuser le blé russe et exiger une diplomatie de transfert des semences améliorées. Dans quelques années, notre pays dépassera la Russie en termes de production du blé.
Ainsi, le gouvernement de transition doit faire attention aux conséquences de notre positionnement actuel. On a quitté chez l’autre qui ne dort jamais. Et au fil du temps, nous produisons des éléments avec lesquels il peut nous combattre plus tard. Le chef de la diplomatie le dit tous les jours : ‘’La diversification des partenaires est le chemin que le Mali a emprunté. Notre pays peut travailler avec tous les partenaires sérieux’’. Mais dans le monde actuel, il y a deux camps et il est très difficile de travailler avec les pays des deux blocs ensemble, sauf pour un pays autosuffisant sur tous les plans. C’est la raison pour laquelle, la Russie est le seul partenaire fiable du Mali, pour le moment.
Il faut des juges de liberté
Sur le plan judiciaire, le malaise persiste toujours. Il y a actuellement trop de magistrature sur les réseaux sociaux. La bataille entre un Procureur et un juge, à travers des canaux interposés sur Facebook fait qu’au lieu du Droit qui doit être appliqué au Mali, c’est la morale qui prend le dessus. On le dit couramment : ‘’Si la morale entre par la porte, le Droit sort par la fenêtre’’.
Dans le cadre de la lutte contre la corruption, les signaux sont donnés, mais la légalité n’est pas prouvée dans ces signaux. Il y a beaucoup de non-dits dans les dossiers en cours. La justice se focalise généralement sur les rapports : celui du Vérificateur Général, de l’OCLEI, des contrôleurs des services, etc., mais la justice n’a jamais mis en cause les systèmes de ces vérifications, pour ne pas condamner des innocents.
Ainsi, il faut aller dans le sens de l’application du Droit.
La liberté d’expression est souvent ignorée par les juges d’instruction. Et le mandat de dépôt est devenu un élément ordinaire au sein de la justice car il n’existe jusqu’à présent pas de juge de liberté au Mali. Pourquoi la section des juges de liberté n’a toujours pas été créée au sein de la justice malienne ? On le sait, la création de la section des juges de liberté va considérablement jouer sur les mandats de dépôts inutiles.
L’indépendance de la justice n’est pas un leurre. Mais le secret qui enveloppe les dossiers font penser que la justice est instrumentalisée par les tenants du pouvoir.
Ainsi, il faut revoir le système judiciaire malien pour plus de justice car c’est l’injustice qui fait tomber les régimes. Pourquoi ne pas baser notre système judiciaire sur la vérité ?
Le coût de la vie mal maitrisé par le gouvernement
Sur le plan économique, il faut revenir dans le giron de l’économie internationale. En termes de production nationale, le dosage ne doit pas être politique.
Le Mali vient de se doter d’un nouveau code minier. Ce code est-il applicable, compte tenu de certains facteurs importants dont il fait fi ? Y a-t-il réellement des vrais économistes aux affaires actuellement ?
Aujourd’hui, la cherté du coût de la vie est un phénomène récurrent. Tout est cher : le sucre, les carburants, le transport, l’huile, l’électricité, l’eau, etc. et les prix continuent à prendre de l’ascenseur. Le gouvernement n’arrive plus à subventionner les produits à hauteur de souhait et c’est le peuple qui en souffre.
Que doit faire le gouvernement de transition pour que l’énergie soit accessible à tous ? Cela est impossible sans la coopération internationale. Ainsi, l’achat des technologies ; le transfert des compétences et des technologies ; l’achat des capitaux sont indispensables pour l’essor du secteur de l’économie.
Selon des sources bien informées, actuellement, on ne fait que la comptabilité au ministère de l’économie et des finances. Donc, dans le système économique du Mali, c’est seulement le tâtonnement. D’après nos informations, l’exportation du bœuf rapporte plus de 100 Milliards par ans à l’Etat. Et si, par malheur, l’Etat du Mali, par principe politique refuse d’exporter le bœuf vers la Côte d’Ivoire ? Est-ce que les 100 Milliards FCFA seront un acquis ?
Sur le plan social, le syndicalisme est mort au Mali. La société civile est devenue une société civile d’activisme. Elle n’est plus organisée selon les besoins de la société, mais plutôt selon les intérêts politiques. Aujourd’hui, les organisations comme le Collectif pour la défense des militaires (CSDM), le Forsat-Civile, Le Collectif pour le Développement du Mali (CDR), etc. regroupés au sein du Conseil National de la Société Civile (CNSC) sont le fruit d’actions isolées pour appuyer les actions du gouvernement. Une société civile en phase avec le gouvernement n’est plus dans son rôle. Ces organisations ne donnent jamais satisfaction au peuple. Elles se basent sur des concepts tels que le panafricanisme, la nationalisation, etc. mais le vrai combat reste dans les tiroirs.
Le Mali est un grand pays. Sur tous les plans, il y a des hommes et des femmes valables pour appuyer le développement de notre pays et l’épanouissement de sa population. Il est important que l’on revienne à la ‘’méritocratie’’ d’antan car tous les régimes travaillent avec des personnalités politiquement ou militairement proches. Il faut toujours travailler dans l’intérêt supérieur de la nation et non dans le désir de satisfaire un homme. De toute façon, la démission du ministre de l’énergie de l’époque Lamine Seydou Traoré n’a rien servi car l’EDM-SA reste sur sa position d’incapacité à desservir partout au Mali.
Les autorités de la transition doivent se ressaisir. Ce n’est pas parce que l’autre a pillé avant moi que je dois piller comme lui. Un jour viendra, l’on fera l’audit de l’achat des armements et dans tous les secteurs. Et c’est ce jour que beaucoup se souviendront de l’existence de Dieu car il n’existait pas quand on interpellait les généraux, les anciens ministres des régimes précédents.
Alfousseini Togo
Source : Le Canard de la Venise du 25 Août 2023
En savoir plus sur Venise Mali
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
