Les autorités de la transition ont affaibli la classe politique en les rendant coupable de plusieurs maux dont souffre le Mali : la crise sécuritaire, énergétique, diplomatique, économique et financière. Aujourd’hui, avec un peu de recul, le peuple ne s’aperçoit-il pas que toutes ses accusations contre la classe politique sont infondées et qu’auparavant, le peuple vivait mieux sans les taxes spéciales ni les coupures intégrales d’électricité ? Aussi, le peuple sait que les petites et moyennes entreprises ne vivent plus. C’est dans ces conditions qu’une partie de la classe politique est en train de mener une résistance afin de changer, une nouvelle fois, la donne.
D’après Mamani Nassiré, ministre délégué auprès du ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, le Mali ne dispose ni de loi électorale, ni de fichier électoral. Ainsi, après avoir écoulé presqu’un mandat à la tête du pays sans être élu, les autorités de la transition écartent toute possibilité d’organiser les élections sans au préalable l’acquisition d’un fichier électoral fiable et d’un code électoral refondé. Ainsi, c’est ce manque de volonté du gouvernement à organiser les élections et/ou à fournir un chronogramme sur la durée de la transition que les acteurs politiques sont entrés dans le maquis.
Sur le plan sécuritaire, les autorités de la transition se sont vite focalisées sur les achats d’armements. Ce qui a produit l’effet d’un coup de foudre au sein de la population. D’ailleurs, de nos jours, les acquisitions d’armements se poursuivent et il y a une forte présence des forces russes et turques sur le sol Malien. La sécurité du Président de la Transition n’est-elle pas assurée par les turcs ?
Malgré tous ces efforts, les attaques des groupes terroristes se poursuivent sur l’ensemble du territoire. Or, la patience et la résilience du peuple ont des limites. Il faut aussi noter les recrutements annuels de soldats qui ont joué considérablement sur le nombre de militaires. Cela va-t-il sans une saignée conséquente du budget ?
Ainsi, les russes sont payés. Les turcs sont payés et les militaires de l’armée régulière sont payés. L’Etat était-il prêt à subir toutes ces dépenses ?
Sur le plan politique, avec le choix de Dr Choguel Kokalla Maiga comme Premier ministre, au départ, les autorités militaires de la transition ont su profiter d’un pion qui a neutralisé l’ensemble de la classe politique, avec une stratégie expérimentale. Si, en cas de décès, les religieux aiment répéter cette phrase : « Tout ce que Dieu fait, est bon », là, c’était : « Tout ce que les militaires feront, est légitime ». Mais sur plusieurs plans, la population subissait les décisions du régime du Général : crise énergétique ; crise financière ; flambée des prix des denrées de première nécessité ; problèmes avec les opérateurs miniers ; montée en puissance du Pôle National spécialisé de lutte contre la cybercriminalité ; la dissolution tous azimuts des conseils communaux, au profit des délégations spéciales, en violation du code des collectivités ; les différentes grèves passées et en cours ; l’équation « 5 Colonels » toujours non résolue ; les mensonges de la DIRPA dans les communiqués de l’Etat-major général des armées ; le retard dans le paiement des salaires des fonctionnaires et des militaires déjà amorcé ; la montée en puissance des prix de l’électricité et de l’eau ; les taxes de la circulation routière, revues à la hausse ; le retrait du Mali de la CEDEAO ; le repositionnement des groupes indépendantistes à Tinzaouatène ; les détentions extrajudiciaires de citoyens ; les taxes sur les boissons alcoolisées, la communication et les transactions financières mobiles ; etc.
Ainsi, pour Moussa Mara, Président de Yèlèma, à travers les taxes spéciales, « l’Etat affaiblit l’Etat ». Pour lui, les nouvelles taxes obligatoires vont entrainer une diminution de la consommation des différents produits concernés. Donc, l’objectif ne sera pas atteint.
Aussi, Housseini Amion Guindo « Poulo », appelle à un sursaut national.
Me Mountaga Tall, Moussa Sinko Coulibaly, Modibo Sidibé et même Dr Choguel Kokalla Maïga ne suivent plus le navire des militaires au pouvoir. David Sagara, de manière très stratégique refuse toute intervention sur la gestion du pouvoir actuel.
Ainsi, allons-nous assister à une guerre entre deux opinions et deux modes de gouvernances différents ? Est-il normal de s’éterniser au pouvoir sans penser à organiser les élections, au profit d’une légitimité populaire imposée ?
D’ailleurs, les Maliens ne commencent-ils pas à s’interroger déjà sur la trajectoire du régime de transition ?
On le sait, les hommes politiques qui ont longtemps subi commencent se positionner pour ne pas perdre de vue l’objectif : le développement du Mali.
En effet, ce sont les idées qui construisent une nation. Mais dans le cas du Mali d’aujourd’hui, le mode « pilotage à vue » est en vigueur. Le peuple doit être résilient ; il doit se sacrifier ; il doit contribuer ; il doit mourir au front ; etc. Mais et les dirigeants ? Ne doivent-ils pas se sacrifier aussi ?
« Na laara, an saara »
Alfousseini TOGO
Source : LE CANARD DE LA VENISE
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