En 2015, la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger a mis fin aux hostilités entre les FAMA et les groupes rebelles. Huit ans après la signature cet accord, des blocages existent par rapport à sa mise en œuvre. Le gouvernement du Mali et la CMA s’accusent mutuellement d’être la cause de ce blocage.
Ce contexte de radicalisation des positions nous amène à écrire cet article avec le regard d’un chercheur en Sciences Sociales et celui d’un spécialiste en prévention et gestion non violente des conflits. Ce détail nous parait important pour guider nos lecteurs, car « quand un géologue et un archéologue regardent la même roche, le premier s’intéressera certainement aux traces du pétrole tandis que le second portera son attention sur les traces de pas de Napoléon ». (MACALOU, B, Cours de sociologie politique à la FLASH, 2002-2003).
Notre analyse portera sur les forces et les faiblesses des deux parties ; les enjeux humanitaires d’une confrontation armée ; l’impertinence de la création d’un micro-Etat dans le Nord du Mali ; le caractère dynamique de l’accord et la nécessité du dialogue.
Des forces et faiblesses des deux parties
Cette analyse des forces et faiblesses des deux parties s’intéresse à leurs capacités militaires, leurs alliés, leurs capacités de financement d’une lutte armée dans la durée, etc.
Concernant le gouvernement du Mali, de 2013 à maintenant, il a mis un accent particulier sur le renforcement de son outil de défense à travers l’adoption d’une loi d’orientation et de programmation militaire, des achats de moyens aériens et roulants, des recrutements massifs et la formation des bataillons par l’EUTM.
A l’issue de nos investigations, le 13 juillet 2018, l’Armée de l’Air du Mali a réceptionné six (6) nouveaux aéronefs de combat, en l’objet quatre avions d’attaque et d’appui et deux hélicoptères d’attaque et de reconnaissance armée. La Russie a livré au Mali, en octobre 2021, au moins quatre hélicoptères et des armes. Le mercredi 30 mars 2022, de nouveaux équipements militaires dont deux hélicoptères de combat ont été livrés par la Russie (France Info et AFD, 2022).
La commémoration du 62ème anniversaire de l’armée malienne a donné lieu, le jeudi 19 janvier 2023, à l’aéroport international Président Modibo Keita-Sénou, à la réception ainsi qu’à la remise solennelle des clés de plusieurs aéronefs de combat au Chef d’État-major de l’Armée de l’air (Aly Poudiougou, 2023).
Le jeudi 16 mars 2023, l’armée de l’aire a réceptionné 4 avions d’attaque et d’entrainement avancé de types Albatros L-39 de fabrication russe et de 3 drones Bayraktar TB-2 de reconnaissance et de combat de fabrication turque (SISSOKO, M, le Sursaut, 2023).
Concernant les avions de combat et de transport de troupes, certaines sources anonymes affirment qu’il en existe environ une soixantaine.
Sur l’ORTM (JT, 2023), le Ministre de la défense et des anciens combattants annonce aussi l’acquisition des drones de combats et des radars.
L’acquisition de radars donne de l’autonomie à l’armée en matière de renseignement dont la précision doit se voir fortement améliorée. Ces différentes acquisitions de moyens aériens et terrestres font dire au Ministre malien de la défense et des anciens combattants, le Colonel Sadio Camara qu’ »Aujourd’hui, nous pouvons dire avec fierté que notre armée nationale est capable d’opérer en toute autonomie sans demander de l’aide à qui que ce soit ».
L’effectif de l’armée malienne est difficile à préciser, car il varie d’une source à une autre. Avant la chute du régime d’IBK, l’EUTM donne un chiffre de 27.000 hommes, y compris la gendarmerie.
Le régime de transition on le sait a organisé plusieurs séries de recrutement dans les différents corps avec des effectifs souvent importants.
Plusieurs bataillons ont été formés par l’EUTM. Des pilotes ont été aussi formés pour la conduite des moyens aériens.
Il faut donc se mettre à l’évidence que l’armée de terre et l’armée de l’aire du Mali ont vu leur autonomie hautement renforcée d’où leurs différents succès sur les groupes terroristes (communiqués du chef d’Etat-major Général des Armées, 2021-2023).
Une autre force du gouvernement du Mali réside dans ses alliances stratégiques, notamment celle avec la Fédération de Russie. Cette alliance est matérialisée par la présence des instructeurs russes auprès de l’armée malienne (Ministre malien des affaires étrangères, 2022) et des soldats Russes qui se battent avec leurs collègues Maliens sur le théâtre des opérations (résultats d’observations entre la ville de Bandiagara et celle de Mopti, juillet 2022).
Par ailleurs, le Ministre russe des affaires étrangères Son Excellence Sergueï Lavrov, lors de sa visite à Bamako, a placé, dès sa descente d’avion, les fondements de l’amitié entre les deux pays sous le signe de « la défense de la justice sur la scène internationale, agressivement foulée aux pieds ». En termes d’alliances, le gouvernement du Mali peut compter aussi sur le soutien du groupe d’auto défense GATIA et du Burkina Faso qui ne servira plus de pays d’accueil des chefs politiques et combattants de la CMA comme ce fut le cas en 2012 (cf. témoignage du Président Rock Marc Christian KABORE du Burkina Faso, 2021).
Une autre force du gouvernement du Mali réside dans sa désolidarisation à la cause de la CMA d’une grande partie des communautés des régions du Nord du Mali.
Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt : le gouvernement du Mali présente aussi beaucoup de faiblesses qui le handicapent à rouvrir la lutte armée avec les anciens rebelles.
Ainsi, le gouvernement du Mali est confronté à une lutte acharnée contre le terrorisme. Actuellement, les terroristes se sont installés au centre, au Nord, au Sud et à l’Ouest du pays. Cette situation demande au gouvernement assez d’efforts humains, matériels et financiers.
Si le Chef d’Etat-major Général des Armées du Mali donne des informations qui plaident largement en faveur du gouvernement en termes de succès contre le terrorisme, il faut se mettre à l’évidence qu’il est difficile de vaincre ce fléau par les armes. D’ailleurs, la revue de la littérature sur le terrorisme nous lève ce doute (Revue Africaine sur le Terrorisme, 2020, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 2020, EHUENI MANZAN Innocent, 2012). L’Etat islamique sévit toujours en Irak et en Syrie, après les interventions des armées les plus puissantes au Monde (Cf. AFP, 2021).
L’ouverture d’un nouveau front avec la CMA amènera le gouvernement du Mali à réduire le nombre de militaires qui se battent actuellement au centre, au Sud et à l’Ouest du pays en vue de leur mobilisation sur le théâtre des opérations avec la CMA.
La nature ayant horreur du vide, les terroristes profiteront de cette dégression des effectifs de l’armée dans ces zones objets de leur convoitise pour s’y installer et causer de la terreur. Ils s’aligneront aussi de façon circonstancielle avec la CMA qui a déjà ouvert un tribunal islamique à Kidal (Lettre du Ministre de la réconciliation du Mali, février 2023).
Ce scenario ne fera qu’affaiblir davantage le régime de transition qui doit à tout prix gérer rationnellement son calendrier acquis avec la CEDEAO pour éviter tout nouveau renversement du pouvoir et un nouveau durcissement des sanctions de cette institution sous régionale.
Sur le plan économique et financier, le gouvernement du Mali connait une situation précaire qui amène certaines institutions nationales à douter même de sa capacité à organiser les élections (Président Cours Constitutionnelle, 2023). A cet effet, il y a lieu de douter de sa capacité à tenir longtemps un nouveau front de bataille.
Par ailleurs, le Mali qui partage 7420 km avec ses pays limitrophes ne pourra pas s’assurer du soutien indéfectible de certains pays de ce nouveau champ de guerre avec la CMA. Il s’agit de la Mauritanie et du Niger (Discours Premier Ministre par Intérim du Mali au sommet des Nations Unies, 2022, discours du Président nigérien, 2022, 2023).
Ainsi, le risque est grand car ces deux pays servent de base-arrière pour les combattants de la CMA. Cette situation est confortée par la présence de l’armée française au Niger après qu’elle ait été chassée par les autorités maliennes et burkinabés en 2022 et 2023 (Communiqué gouvernement du Mali, 2022 ; communiqué gouvernement du Burkina Faso, 2023). Cette armée française sera une alliée de taille pour la CMA. Le gouvernement malien assistera à une guerre des « empires impériaux » (termes empruntés au Pape) sur son sol. Ce type de guerre peut conduire l’Etat du Mali à sa désintégration.
Il importe de connaitre les forces et les faiblesses de la CMA pour atténuer ou renforcer les conséquences négatives de cette éventuelle lutte armée.
Cependant, en termes de force, la CMA a mis en place un chef d’état-major général et organise des patrouilles dans la région de Kidal et certaines parties des régions de Tombouctou, Taoudéni, Gao et Ménaka (Lettre Ministre malien de la réconciliation, 2023). Cela suppose qu’elle exerce actuellement son autorité sur ces zones concernées par ses patrouilles et qu’elle dispose des armes lourdes terrestres de longue portée avec la possibilité de détruire une intervention aérienne.
Par ailleurs, ces combattants n’ont pas été désarmés après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger (Lettre Ministre malien de la réconciliation, 2023). Sur le plan économique, la CMA contrôle plusieurs sites d’orpaillages à travers la délivrance illégale d’autorisations de déplacement sur les sites d’orpaillage ainsi que l’installation et la mise en place de dispositifs de sécurisation sur les sites d’orpaillages illégaux de N’Tahaka (sud de Gao) et au Nord de Kidal (Lettre Ministre malien de la réconciliation, 2023). Ce qui la met dans de meilleures conditions de renflouer ses comptes pour faire face à une guerre. Le contrôle de la CMA sur ces zones est de facto une autonomie déclarée.
Une autre force de la CMA réside dans l’effectif de ses combattants qui sont évalués à des milliers. Certains anciens combattants qui ont regagné les FAMA pourraient encore renverser la veste comme ce fut le cas lors des différentes rebellions. C’est ce qu’André Bourgeot appelle « rébellions-désertion-accord de paix-intégration—rébellion-désertion » (André Bourgeot, sous la direction de Doulaye KONATE, 2013).
En termes d’alliance, la CMA peut s’assurer de l’appui des terroristes, notamment les combattants de l’Etat Islamique au grand Sahara, ceux d’amadou Koufa et d’Iyad Ag Galy. Ces terroristes viendront avec le projet de faire de Kidal un Etat Islamique. Les signes de cette probable alliance avec les terroristes existent déjà à Kidal si l’on se réfère au contenu de la lettre du Ministre malien de la réconciliation adressée au chef de fil de la médiation internationale. Il mentionne dans cette lettre, l’existence d’un tribunal islamique à Kidal qui a déjà rendu deux procès concernant deux membres des forces mixtes composées des éléments des FAMA et des groupes signataires de l’accord de paix (Lettre Ministre malien de la réconciliation, 2023).
Par ailleurs, la CMA peut s’assurer du soutien du grand Empire impérial : la France voir celui de l’OTAN. Les indicateurs de ce soutien demeurent la présence de l’armée russe au Mali, la rupture de l’accord militaire avec la France, l’interdiction des ONG françaises au Mali, la tension entre le gouvernement malien et la MINUSMA, l’élargissement de la collaboration avec la Russie aux différents domaines de développement dont l’énergie. Ainsi, la CMA pourrait bénéficier des types de soutiens militaires et financiers que certains pays membres de l’OTAN sont en train d’offrir à l’Ukraine contre l’agression russe. Cet acte sera rendu facile avec la présence de l’armée française au Niger. Même en cas d’anéantissement des positions de la CMA par l’aviation des FAMA, des mercenaires pourraient venir faire la guerre à leur place pour protéger les intérêts de l’empire impérial de l’OTAN.
Une autre force de la CMA demeure l’existence de la MINUSMA avec 12388 militaires ; 1 598 policiers et 1 792 civils (859 nationaux – 754 internationaux, 179 Volontaires des Nations Unies). (MINUSMA, décembre 2022). Cette organisation jouera son rôle d’interposition qui va entrainer la création d’une zone tapon entre les FAMA et les combattants de la CMA.
Comme on peut le voir, avec toutes ces potentialités, la CMA ne doit pas être méprisée par la montée des FAMA en puissance exprimée dans les différents communiqués de l’Etat-major général des Armés du Mali avec des chiffres à l’appui.
Toutefois, il faut se mettre à l’évidence que la CMA présente aussi assez de faiblesses dans une éventuelle guerre contre les FAMA et ses alliés.
Sur le plan militaire, la CMA ne dispose pas de moyens aériens qui, il faut le rappeler demeurent actuellement une force majeure des FAMA. Avant l’arrivée des soutiens, ses positions peuvent être systématiquement détruites par les FAMA comme ça se passe avec les terroristes.
La ville de Kidal qui est considérée comme le bastion de la CMA peut être vidée de ses civiles par le gouvernement malien avant d’être totalement détruites.
Une autre faiblesse de la CMA demeure la réduction de ses pays de retraite quand les combats chaufferont, car le Burkina Faso dans le contexte actuel ne peut pas offrir cette opportunité si l’on se réfère aux différents échanges diplomatiques entre les Présidents Malien et Burkinabè, les deux premiers ministres et les deux ministres des affaires étrangères. Un projet de fédération est même en discussion entre les gouvernements des deux Etats (Essor, mars 2023). La branche politique de la CMA pourrait alors gérer les affaires courantes très loin du front.
Une autre faiblesse de la CMA réside dans la non-adhésion d’une grande partie des communautés du Nord à son projet de création d’un Etat. Cela est favorisée la configuration socio-ethnique des régions du Nord du Mali, car la partie de la communauté touarègue qui entretient ce projet n’est pas majoritaire dans la ville de Kidal à plus forte raison dans les régions du Nord du Mali (Choguel Kokalla Maïga et Issiaka Ahmado Singaré, 2018, André Bourgeot, 2013).
Les rébellions cycliques et le souci du partage du pouvoir local et régional ont contribué à l’émergence des communautés Imghad et alliés qui sont restées loyalistes au pouvoir central de Bamako. Il existe aussi cette ancienne hégémonie Songhoy qui dispose aussi de ses bras armés et qui est ralliée par la communauté Bellah à laquelle est refusé le droit d’exercice du pouvoir vue son statut d’esclave ou esclave affranchi des Touaregs. Donc, l’arène politique de ce que la CMA appelle l’Etat de l’AZAWAD est animée par des antagonismes qui ne favorisent pas l’éclosion d’un Etat sur fond ethnique (André Bourgeot, 2013).
A cet effet, même un éventuel succès militaire (ce qui est difficile dans le contexte actuel) contre les FAMA par la CMA et ses alliés ne lui permettra pas d’atteindre ses objectifs politiques en matière de création d’un Etat.
Sur le plan économique et financier, la CMA peut difficilement entretenir une guerre dans la durée, car l’exploitation des sites d’orpaillage et le commerce de la drogue peuvent être bouleversés par l’intervention des FAMA et leurs alliés. Par ailleurs, le soutien à la guerre en Ukraine peut impacter négativement sur l’appui financier de son éventuel allié « le grand empire impérial de l’OTAN ».
Au regard de toutes ces faiblesses de la CMA et du gouvernement du Mali pourquoi enfoncer encore le peuple dans une crise humanitaire ?
Les enjeux humanitaires de la lutte armée autour de l’accord de paix
La lecture du plan de réponse humanitaire permet de comprendre qu’en 2023, la situation humanitaire au Mali demeure très préoccupante en raison de la persistance de la crise multidimensionnelle affectant particulièrement le nord, le centre et l’ouest du pays. Le contexte humanitaire est marqué par une dégradation de l’environnement sécuritaire et l’extension du conflit au sud du Mali. La persistance de l’insécurité déclenche d’importants mouvements de population, contribuant ainsi à augmenter les besoins humanitaires dans tous les secteurs : plus de 422000 personnes se sont déplacées à l’intérieur du pays, principalement des enfants et des femmes, sans compter les 175 000 réfugiés maliens identifiés dans les pays voisins et dont certains regagneraient leur patrie en 2023. Le nombre de personnes dans le besoin est passé de 7,5 millions en janvier 2022 à 8,8 millions en janvier 2023, soit une hausse de 17% entre 2022 et 2023, illustrant l’aggravation des besoins humanitaires (OCHA et al, 2023).
Ainsi, les attaques des positions des combattants de la CMA par les avions de chasse, les drones armés et les troupes terrestres des FAMA et la riposte qu’offrira les combattants de la CMA provoqueront un déplacement massif des populations séquestrées animées par l’instinct de survie. Ce mouvement des populations se fera à l’intérieur du pays comme dans les pays limitrophes. Cette nouvelle situation faussera toutes les données programmatiques relatives à la gestion humanitaire en 2023 dont le montant est estimé à 751,4 millions de dollars (OCHA et al, 2023).
L’aggravation de la crise humanitaire pourrait légitimer une intervention de l’OTAN sous la coupe du droit international d’ingérence. On s’en souvient que le Ministre des affaires étrangère Espagnol, José Manuel Albares, avait lâché l’éventualité d’une intervention de l’OTAN au Mali. Selon TOURE, B : « Dans certaines circonstances, l’action interventionniste est précédée par un argumentaire classique et propagandiste pour faire valoir la ‘’doctrine du droit d’ingérence’’ qui se justifierait par l’action humanitaire. » (TOURE, B, in le National 2022).
Par ailleurs, nous assisterons certainement à une aggravation de la situation de crise économique et financière du pays dont les conséquences pourront conduire à une instabilité institutionnelle. Le gouvernement peut se retrouver dans une incapacité financière d’organiser les élections libres et transparentes pour un retour à l’ordre constitutionnel à cause du soutien financier à ce nouvel front.
En tout état de cause, le dialogue s’impose comme la solution appropriée à cette divergence de position autour de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.
De la nécessité du dialogue
L’article 65 de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger consacre sa révision, mais sur consentement express des parties signataires et de l’avis du comité de suivi.
Cela nous permet de dire que les dispositions de l’accord sont dynamiques et susceptibles d’être adaptées aux réalités du contexte sans que cela ne donne lieu à un affrontement armé.
A travers le monde, des accords de ce type ont été confrontés à des difficultés dans leur mise en œuvre, mais les parties signataires ont usé des stratégies pour ne pas retourner à la case départ (la lutte armée).
De façon illustrative, Le 28 Août 2000, dix-sept formations politiques et politico-militaires signaient à Arusha, en Tanzanie, un accord de paix, censé mettre officiellement fin à près de dix ans de Guerre Civile au Burundi. Cet accord reposait sur un projet de partage du pouvoir sur base ethnique, en fonction de ce qu’on appelle le « consociationalisme ». Les parties signataires se sont entendues sur une répartition ethnique du pouvoir, attribuant 60 % des postes ministériels et des sièges de l’Assemblée Nationale aux Hutu et 40 % aux Tutsi et une répartition égalitaire des postes (50 % aux Hutu et 50 % aux Tutsi) au Sénat et dans l’armée (Valéria Alfieri, 2023). Cet accord a fait l’objet de plusieurs tentatives de révision, car le partage du pouvoir sur font ethnique n’a jamais marché, mais sa version de 2000 est toujours en vigueur et évite la reprise des armes par ses signataires.
Dans le cas du Mali, des acquis existent (confère contenu de la lettre du Ministre de la réconciliation) et nécessitent d’être consolidés. La CMA est représentée dans le gouvernement actuel et au CNT. Moussa Ag Attaher qui était un grand promoteur de l’Etat de l’Asawad se retrouve actuellement dans une posture de connecteur avec son poste de Ministre en charge de la jeunesse et des Sports, chargé de l’instruction civique et de la construction citoyenne. Ce dimanche 19 mars 2023, il a mobilisé toute la jeunesse du Mali en soutien aux efforts du Président de la transition, son excellence le Colonel Assimi GOÏTA (JT ORTM, 19 mars 2023).
Ainsi, Moussa Ag Attaher et ses collègues Ministres et membres du CNT des mouvements armés peuvent exercer une influence positive sur leurs collègues dont les positions se radicalisent autour de la mise en œuvre de l’accord.
La Coordination Kel Ansar et Alliés demeure aussi un connecteur. D’ailleurs, elle invite les parties signataires de l’Accord à œuvrer à rapprocher les positions (DEMBELE, S, 2023). L’Algérie qui assure la Présidence du comité de suivi de l’accord doit s’appuyer sur ces connecteurs pour amener les parties à reconsidérer leur position.
Toute reprise des armes entre le gouvernent du Mali et la CMA mettra au grand jour l’incapacité de l’Algérie à assumer pleinement son rôle dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.
Par ailleurs, l’analyse des acteurs et des enjeux humanitaires de la lutte armée nous permet de dire que le gouvernement du Mali et la CMA doivent éviter le piège d’un affrontement qui ne fera que de perdants. Ils doivent rapidement retourner sur la table du dialogue en vue d’une mise en œuvre efficace et efficiente du plan de développement des régions du Nord du Mali comme réponse holistique à cette crise (annexe 3 de l’accord).
Dr Kô Samaké, Anthropologue
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