Le 20 Janvier 2025, l’armée Malienne a fêté le 64ème anniversaire de son indépendance, jour du départ du dernier contingent français du pays. Même après le revers de 2012, qui a permis le retour de l’armée française en 2013 et des Casques Bleues de l’ONU, l’on continuait à célébrer chaque l’anniversaire du départ des soldats Français.
Cette armée a toujours eu un regard de méfiance vis-à-vis des tenants du pouvoir politique et a même été longtemps au pouvoir. C’est après le coup d’Etat d’Août 2020 et la rectification, en 2021 que le vrai départ de l’armée française a été acté avec un changement du système de gestion axé sur la volonté du peuple Malien et des dirigeants. Désormais, le message du Mali, aux Nations-Unies, ne sera plus porté par la France, mais par le gouvernement Malien. Il y a eu quatre coups d’Etat militaires au Mali. Aujourd’hui encore, nous sommes dans une transition militaire.
En 64 ans d’indépendance du Mali, l’armée a toujours fait l’objet d’instrument de recours pour soit un changement de régime et/ou un redressement de système au sommet de l’Etat. Ainsi, le 19 Novembre 1968, le Lieutenant Moussa Traoré a mis fin au régime socialiste du premier Président de la République, Modibo Kéïta. Le pays a ainsi basculé dans un nouveau système plus ouvert. Mais le Général d’Armée Moussa Traoré a refusé aussi le changement quand c’était nécessaire : l’instauration d’un régime démocratique digne de ce nom avec son contenu de multipartisme. C’est dans ces conditions d’étouffement que le 26 Mars 1991, le Lieutenant-Colonel Amadou Toumani Touré renversa le Général Moussa Traoré et assure une transition de courte période en instaurant la démocratie et le pluralisme politique. Le gouvernement du CTSP a organisé les premières élections démocratiques et c’est Alpha Oumar Konaré du parti ADEMA-PASJ qui a été élu par les Maliens, d’après les résultats officiels. Au bout de cinq ans, en 1997, le Président Konaré a été réélu. En 2002, le général Amadou Toumani Touré, cette fois-ci, sans son uniforme, armé d’une politique de développement et de solidarité envers le bas peuple a été élu Président de la République. En ce moment, la rébellion au Nord avait pris un nouveau virage. En 10 ans de gestions et d’arrangements, Amadou Toumani Touré n’a pas pu empêcher la débâcle de l’armée au Nord du pays. Les militaires étaient mal équipés et peu sécurisés. Le massacre d’Aguel-²hoc, le 24 Janvier 2012 restera gravé dans la liste noire des évènements douloureux du Mali. C’est dans ces conditions d’incertitudes, où le régime ne pouvait plus organiser la Présidentielle à date et/ou les ennemis de la nation prenaient le pouvoir au Nord, que l’armée, très divisée, prend le pouvoir avec comme Président du CNRDRE, le Capitaine Amadou Haya Sanogo. Le règne de ce dernier fut de très courte durée puisqu’après des arrangements politiques, le Professeur Dioncounda Traoré, Président de l’Assemblée Nationale sous le régime déchu a été désigné comme Président de la Transition, Chef de l’Etat avec un Premier ministre très populaire : Dr Cheick Modibo Diarra. Ainsi, sous Dioncounda Traoré, les trois régions du Nord (Tombouctou, Gao et Kidal) étaient déjà sous occupation terroriste ainsi qu’une partie de la région de Mopti. C’est dans ces conditions qu’en Janvier 2023, les terroristes, voulant marcher sur Mopti et les négociations d’Ouagadougou se poursuivant que des terroristes se dirigeaient vers Sévaré afin de poursuivre la prise de toutes les villes du Mali. C’est ainsi que, n’ayant plus le choix, le gouvernement malien a accepté le retour de l’armée française pour stopper la progression des terroristes à Konna et entamer la libération des villes occupés depuis bientôt un an par des terroristes. Une force Africaine était aussi de la partie : la MISMA. C’est ainsi que Tombouctou et Gao ont été libérées, mais la France a décidé de prioriser les rebelles à Kidal. Ainsi commence une longue période d’incertitude qu’aucun arrangement n’a pu résoudre. En 2013, Ibrahim Baoubacar Kéita a été plébiscité par les Maliens. En 2015, il a réussi à faire signer par toutes les « parties », l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Cet accord a montré, au fil du temps, son inapplicabilité avec beaucoup de pièges. Cet accord était lié à beaucoup de partenaires dont les Nations-Unies, l’Algérie, l’Union Africaine, la CEDEAO, la France, etc. Les rebelles indépendantistes dictaient leurs lois au Nord. En 2014, lors d’une tentative de prise de la ville de Kidal par le FAMAS, un appui extérieur a mis en déroute les forces nationales. Ainsi, sous IBK, l’armée était en faillite également. Les achats d’équipements militaires étaient entachés de corruption. C’est dans ces conditions que le 20 Août 2020, cinq Colonels ont parachevé l’œuvre du M5-RFP à savoir : Assimi Goïta, Sadio Camara, Malick Diaw Modibo Koné et le Colonel-major Ismaël Wagué. Si au départ, ces militaires avaient confié la Présidence à Bah N’Daw, en 2021, pour des raisons de non-conformité avec leur vision, Bah N’Daw a été renversé par Assimi Goïta et ses compagnons. Cette fois-ci, la transition a pris une nouvelle tournure avec la vision de la refondation. Il faut donc mettre dehors toutes les forces étrangères et les coopérants militaires afin de permettre la reconstruction de l’appareil militaire et la fin de la domination d’une puissance sur le Mali. Le Colonel Assimi Goïta, de Président du CNSP, Vice-Président de la Transition a été désigné Président de la transition, Chef de l’Etat.
L’armée est aujourd’hui au cœur de la refondation du Mali. Pour le Général d’Armée Assimi Goïta, pour garantir un patrimoine économique sûr, il faut d’abord le minimum de sécurité. C’est dans ces conditions que les forces étrangères, à commencer par Barkhane ont quitté le Mali, sans un empêchement du gouvernement. « Le gouvernement invite les autorités françaises à retirer, sans délais, les forces barkhanes et Takouba, sous la supervision des Forces armées Malienne », d’après un communiqué lu, en 2022, par le porte-parole du gouvernement.
Contrairement aux leaders politiques, le régime de la transition a su mettre en place un système de gouvernance axé sur les réalités du pays. Si les dirigeants politiques exécutaient la volonté de la France, le régime militaire en place s’est dirigé vers la Fédération de Russie.
Aujourd’hui, le constat est amer. La classe politique a échoué. L’armée a pris le pouvoir pour donner un nouveau cap au pays. Le Président de la transition est militaire. Le Premier ministre est militaire ; le Président du Conseil National de Transition et plusieurs Conseillers sont militaires ; un nombre important de poste ministériel et de Directeurs généraux est consacré à l’armée ; le nombre de gouverneurs militaire est conséquent ; les Préfets et sous-préfets sont essentiellement militaires. Les délégations spéciales peuvent contenir certains militaires ; il y a beaucoup de nomination d’ambassadeurs militaires ; etc.
Ainsi, il faut militariser tous les secteurs afin de faire du Mali une puissance à travers l’armée. Sommes-nous alors dans la démocratie ?
Si auparavant, les bons ordres n’étaient pas donnés au front, aujourd’hui, ce sont des militaires qui occupent les postes stratégiques. Concernant l’équipement de l’armée et les recrutements, les normes de la Communauté internationale sont dans la poubelle. Il faut rattraper, dans un temps record, le temps perdu dans l’inaction. Sommes-nous fréquentables ?
A cette allure, la classe politique actuelle n’aura pas de place dans le circuit de gouvernance. Le peuple, en arbitre est en train de plébisciter le système de gouvernance des autorités de la transition en faisant des sacrifices énormes, notamment sur les plans énergétiques, économiques, financières, mais aussi et surtout sur le plan humain. Cela va-t-il durer ?
On le sait, « Un militaire, sans aucune formation politique est un criminel en puissance », disait Thomas Sankara. Vu le bilan des Forces Barkhanes et Takuba au Mali ; vu le bilan de la MINUSMA ; Vu le complot qui entourait l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger ; vue la divergence de la CEDEAO concernant certaines politiques nécessaires pour l’essor du Mali, le régime actuel de transition vient de très loin. On peut dire que le Mali vient de loin.
Ainsi, tout a été remis à plat. Maintenant, comment reconstruire le Mali avec la volonté réelle des Maliens ? Cet aspect n’aime pas les contradictions d’idée encore moins l’opposition. C’est la raison pour laquelle plusieurs leaders d’opinion sont en prison. Ces militaires ont-ils toujours pris les bonnes décisions ? Le Mali doit-il rester éternellement dans la transition ?
La sécurité étant toujours un luxe pour les Maliens, ils continueront à appuyer les idéaux de la transition. Un régime militaire peut-il relever les défis économiques et stratégiques ?
Le Mali est en convalescence. On ne peut pas tout faire, en même temps, surtout en temps de guerre. Il faut d’abord tout donner pour avoir le maximum de sécurité possible. L’ancien Président de la République Ibrahim Boubacar Kéïta l’a dit : « A chaque temps sa vérité ». Si sous d’autres régimes, il y avait toujours des débats autour des sujets d’intérêt commun comme la négociation ou non avec les terroristes et/ou les rebelles, aujourd’hui, il n’y a plus de discussions sur ce sujet : « Déposez les armes soit c’est le repos éternel », d’après le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, général Sadio Camara.
Un Mali de paix et de sécurité dans la cohésion sociale peut-il être une réalité sans un nettoyage total du territoire des séquelles de la rébellion, du terrorisme et de la présence des forces étrangères comploteuses ? Il faut aussi recoudre le tissu social à la malienne. L’armée est-elle bien placée pour cela ?
En cas d’organisation de la présidentielle, en 2025, un régime politique peut-il poursuivre les œuvres d’Assimi ? Le Mali ne va-t-il pas tomber encore dans la crise, à cause des interférences de la Communauté Internationale ?
Ce 20 Janvier 2025 illustre bien la puissance de l’armée Malienne en termes de gouvernance politique et militaire. Nos militaires aiment le pouvoir. Le pouvoir sans eux est-il possible dans l’avenir car depuis les indépendances, ils sont aussi au pouvoir et au front aussi. Seul Alpha Oumar Konaré n’a pas été renversé. Cet aspect nous interpelle vivement.
« Na laara, an saara »
Alfousseini TOGO
Source : LE CANARD DE LA VENISE
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