L’État doit être beaucoup plus regardant envers les élèves des écoles privées, qui, en plus de payer la scolarité mensuellement, payent également la rançon de l’examen afin de faciliter le passage. Et quand le système change, n’ayant aucun niveau, les élèves sont condamnés à l’échec. Ainsi, face à cette bonne organisation, et aux mesures drastiques contre la fraude, il faut s’attendre à un résultat catastrophique dans quelques semaines, concernant le DEF. Qui en est responsable ?
Depuis 2022, le ton avait déjà été donné par le gouvernement, concernant une organisation saine des examens de fin d’année. Cette année également, l’organisation de l’examen du Diplôme d’Etudes Fondamentales (DEF) a été exemplaire. Les élèves, dans la plupart des cas se sont sentis terrorisés dans les centres d’examen. Cela est dû au fait qu’ils ont été habitué à la facilité et à la réussite sans le moindre effort.
Ainsi, les sujets ont été sécurisés, les centres ont été barricadés et rien n’a filtré.
« Cette année, tous les acteurs ont participé à l’organisation de l’examen du DEF. C’est ce qui a engendré cette réussite dont chacun se félicite. Ainsi, du ministre de l’Education nationale, à la Synergie nationale en passant par les Directeurs d’Académies, les Directeurs de CAP, les CGS, les Syndicats de tout bord ont tous joué un grand rôle dans la réussite de l’examen du DEF. Les forces de l’ordre aussi ont pleinement joué leur partition », dixit Zoumana Dembélé, secrétaire aux revendications du Syndicat de l’Education de Base (SYNEB) de Kati. Il poursuit : « nous nous félicitons de la nouvelle police de surveillance qui a étalé aux yeux du monde le sérieux qui était demandé par le département de l’Education pour l’organisation saine du DEF. Je ne peux pas dire que l’organisation de cet examen a été sans reproche. Il y a eu des cas d’arrestation de surveillants et de promoteurs d’écoles privées, notamment à Kayes et autres. L’affaire est pendante au niveau de la justice. Cela signifie qu’il y a eu des problèmes. Dans certaines localités également, les sujets ont fait fuite. Ils ont été changés séance tenante. Mais dans l’ensemble, je suis satisfait par rapport à l’organisation », dit-il.
Concernant le problème de niveau des élèves qui ne serait pas compatible avec cette façon rigoureuse d’organiser les examens, Zoumana Dembelé, enseignant à l’Ecole Fondamentale ‘’Benkadi’’ de Kati-Sananfara et syndicaliste est sans équivoque : « Aujourd’hui, les élèves n’ont plus foi aux études : ils n’apprennent plus les leçons, ils ne lisent plus et ils ne s’exercent plus, malgré tous les moyens dont ils disposent actuellement. Sinon les sujets du DEF n’étaient pas difficiles et c’était même les leçons du troisième trimestre. L’Etat doit continuer sur cette lancée afin que le niveau d’antan de l’école revienne. Mais aujourd’hui, j’exhorte le gouvernement à être plus regardant du côté des enseignants. Si au autrefois, on pouvait obtenir la qualité sans investir beaucoup, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Les enseignants sont les premiers acteurs de l’école. Il faut donc mieux valoriser la fonction enseignante. Il faut aussi augmenter les frais de surveillance des examens », a-t-il estimé.
Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Le gouvernement avait longtemps abandonné l’éducation des enfants aux mains des écoles privées, qui, au départ étaient réputées être de qualité supérieure. Aujourd’hui, la qualité, dans les écoles privées a laissé la place au business. Ce qui est dangereux pour l’éducation. Un acteur sous le couvert d’anonymat nous a imprégnés de la situation : « Les écoles privées sont actuellement devenues des grands marchés. En plus de l’argent de la scolarité des neufs mois qu’ils prennent aux enfants, il y a aussi les frais de facilitation de l’examen. Les moyennes des trimestres sont gonflées pour faire croire que l’école est de qualité, alors que le niveau est inacceptable. Les enseignants sont aussi très mal rémunérés et très souvent n’ont ni le diplôme requis, ni la qualification souhaitée. Mais ce sont là des problèmes internes », a-t-il fait savoir. Il a fait des révélations spectaculaires : « L’Etat doit prendre le contrôle des écoles privées. Sinon comment comprendre que lors des examens du DEF, du Baccalauréat, etc., les promoteurs mettent tout en œuvre pour s’enquérir des sujets, les traiter et les mettre à la disposition de leurs candidats, en complicité avec les surveillants et les Présidents de centre ? Comment peut-on mettre neuf longs mois à enseigner quelqu’un et se permettre d’élire domicile dans son centre d’examen afin de s’assurer de sa réussite ? », Se demande-t-il avec beaucoup de regret. Il va plus loin : « Sans ce business, les écoles privées ne seront pas plus fréquentées que les écoles publiques. Ce sont ces actions aussi qui poussent certains parents à inscrire leurs enfants dans les établissements privés. Ainsi, l’Etat doit mettre en place un mécanisme de contrôle fiable des écoles privées. Les écoles sont privées, mais les élèves appartiennent à l’Etat ».
Concernant le DEF 2023, notre source se réjouit de sa réussite : « Cette année, le DEF a été très bien organisé. J’ai vu des promoteurs d’écoles en train de tout mettre en œuvre pour appliquer leur plan, mais sans succès. C’est cela la refondation au niveau de l’éducation. Cette année, les résultats du DEF reflèteront le niveau réel des élèves », a-t-il martelé.
Ainsi, l’examen du DEF s’est déroulé du 22 au 24 Mai dernier sur toute l’étendue du territoire national. Le nombre de candidats en lice était : 283 243 dont 130 111 filles et 136 243 garçons, répartis entre 1904 centres. 24 091 surveillants ont été mobilisés. Le taux de réussite n’a été que de 30 pourcent.
Pour la refondation de l’école malienne, le gouvernement doit maintenir cet élan et mettre dans l’avenir un accent particulier sur la qualité de l’enseignement dans les établissements publics et privés. Si la baisse du niveau des élèves est reconnue par tout le monde, celle des enseignant est la cause de cette situation dangereuse. Ainsi donc, il faut assainir l’école afin que la refondation de l’Etat soit une réalité continuelle.
Alfousseini Togo
Source : Le Canard de la Venise
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