Albert Einstein, le savant Allemand naturalisé américain a touché au fond du problème malien, sans même l’évoquer spécifiquement. Comment organiser un dialogue direct inter-malien avec les anciens systèmes qui ont échoué et s’attendre à sa réussite ? Il n’y a eu aucune étude de faisabilité de ce dialogue inter-malien. Le Président de la Transition l’a proposé et le train a pris le rail avec la mise en place d’une commission qui ne répond pas aux aspirations des différentes communautés. Comme les autres accords qui ont échoué avec le temps, le Dialogue inter-maliens pour la paix et la réconciliation nationale est bien parti pour échouer si les plus hautes autorités ne changent pas de stratégie et de vision, dès le départ. De toute façon, les vieilles marmites ne font plus les bonnes sauces dans le monde.
Une étude de faisabilité est indispensable comme sous-bassement dans la construction d’une paix durable. Pourquoi les autres accords signés ou décrétés n’ont-ils pas résisté à l’épreuve du temps ? Quelle stratégie faut-il adopter pour une paix et une réconciliation durable dans notre pays ? Quelle est la composition idéale pour le comité de pilotage ? Faut-il un comité de pilotage ou une autre instance pour diriger ce dialogue ?
Ainsi, quand on veut aller à la réconciliation, la neutralité et l’impartialité sont nécessaires. Il est très difficile de retrouver ces éléments à l’interne. C’est pourquoi généralement, les régulateurs viennent de l’extérieur (pays voisins, organisations internationales, etc.). On le sait, il n’y a pas eu d’études de faisabilité par rapport à ce dialogue. Et concernant la mise en place du Comité de pilotage, d’après certaines sources dignes de foi, certaines personnes se sont réunies dans une petite salle pour imaginer des noms, sans l’avis des acteurs concernés. Comment Ousmane Issoufi Maiga peut-il faire revenir la Coordination des Mouvements de l’Azawad sur la table du dialogue ? Pourquoi le choix de Nouhoum Tapily, du Général Gabriel Poudiougou, du Général Yamoussa Camara, de Badjan Ag Hamatou, d’Adama Samassekou, etc. ?
En effet, nous avons découvert ce décret présidentiel N°2024-006/PT-RM du 31 Janvier 2024 portant nomination des membres de comité de pilotage du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale, comme l’initiative du Président de la transition. Toutes les phases ont surpris le peuple et même beaucoup de membres désignés du comité de pilotage.
D’ailleurs, c’est toujours la charrue avant les bœufs. Les assises et les forums n’ont-ils pas atteint leur limite au Mali ?
Pour la réussite de ce dialogue inter-malien, il devait y avoir des critères de choix des membres du comité de pilotage, après des études approfondies sur les causes de l’échec des accords passés. Il fallait aussi un critère du choix de l’ethnie qui doit diriger le comité de pilotage. Un Sonrhaï n’est pas le bon choix par exemple. Un Dogon aussi est un mauvais choix. Il n’en demeure pas moins pour un Peulh, un Touarèg, etc. Après cette étape, on devait passer aux négociations afin de faire participer toutes les sensibilités.
Concernant la participation de la Communauté Internationale, à travers un pays voisin ou un fonctionnaire international, ce choix aussi doit être au préalable étudié et défini dans les termes de référence.
Ainsi, nous sommes face à un travail bâclé encore, qui ne peut aboutir qu’à un cuisant échec. Même l’Accord pour la Paix et la Réconciliation National issu du processus d’Alger a été mieux préparé que ce que nos autorités veulent imposer sans aucune base certaine. C’est pourquoi, le gouvernement doit prendre du recul, étudier les autres accords qui n’ont pas duré, et proposer une bonne feuille de route à travers un travail scientifique proposé par des universitaires.
Dans notre pays, aujourd’hui, l’on a tendance à croire que les dirigeants n’ont qu’un seul système de gestion des conflits. Ce n’est pas parce que le Président de la Transition, le colonel Assimi Goïta veut qu’il y ait un dialogue inter-Malien que c’est nécessaire dans le contexte actuel. C’est aux Conseillers et aux spécialistes de lui proposer la vraie démarche à suivre. Mais ces derniers aussi ne peuvent pas travailler et dire la vérité au Président de la Transition, de peur de ne pas le contredire. En tout cas, cette manière de procéder à la tenue du dialogue inter-Malien n’est pas ancrée dans les ambitions de la refondation de notre pays. Donc, on ne peut pas espérer sur ce dialogue car c’est du vieux ; du déjà-vu.
Alfousseini Togo
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