Mountaga Sako est le fils de feu Bouya Sacko. Il a près de 51 ans. Il est natif de la région de Kayes, précisément de Kougnakari, l’un des premiers cercles du Mali. Mountaga habite à Kati et il est présentement le Directeur du Centre d’Animation Pédagogique de Kadiolo, depuis Janvier 2022. Ayant pris fonction le 11 Février 2022, M. Sacko est sortant de l’Ecole Normale Supérieure, dans la filière Psychologie – pédagogie. Et d’ailleurs, c’est un produit de la première promotion du Master de l’ENSUP.
Avant ses études à l’ENSUP, l’actuel D-CAP de Kadiolo était Maitre du Premier-cycle, dans la région de Koulikoro, à Inspection de l’Enseignement Fondamentale (IEF) de Kati, qui est devenu CAP plus tard, avec le nouveau système. En ce moment, il y avait les Directions régionales de l’Enseignement fondamental (DREF) qu’on appelle actuellement Académies d’Enseignements, qui ont en leurs seins, les CAP.
Après sa formation à l’ENSUP, Mountaga été d’abord affecté à l’IFM-EFEB de Bamako comme Professeur de Psychopédagogie, ensuite, il a servi à la Direction nationale de la Pédagogie (DNP), chargé de toute la pédagogie, en République du Mali. Il était un agent dans la division Evaluation, de 2017 à 2022. C’est étant à ce poste qu’il a eu la chance d’être nommé D-CAP à Kadiolo. Mountaga Sacko est le 9ème Directeur du CAP de ce cercle.
A noter également que Mountaga a été syndicaliste de 2000 à 2010, en tant que Secrétaire général du CAP de Kati, 1er Vice-Secrétaire général au niveau régional du SYCEF, l’actuel SYNEB. Et il était, en même temps, secrétaire aux revendications du bureau national.
- Sako est marié à deux femmes. Il est le père de plusieurs enfants.
Le Canard de la Venise : A votre nomination à la tête du CAP de Kadiolo, comment était la structure et ses établissements parallèles ?
Mountaga Sako : A ma domination, le cap de Kadiolo regroupait cinq communes : Kadiolo, Zégoua, Loulouni, Kaï et Nimbougou. Il se trouve, dans la pratique, que nous étions deux CAP dans le cercle : celui de Kadiolo et celui de Fourou. Pour le cas de Fourou, le Centre regroupait la commune de Fourou, Djou, Nimbougou et Misseni.
Quand je venais à la tête de ce département, j’avoue que mes prédécesseurs n’ont pas démérité, mais il y avait une lassitude par rapport au devoir régalien de l’enseignant. Ainsi, en ce qui concerne les préparations des leçons que je considère comme étant les clés d’entrée dans les classes, ce volet n’était pas exécuté à hauteur de souhait. Mon premier travail a été de mettre tout en œuvre pour la régularité des préparations dans les classes. Il fallait être indulgent pour que le billet d’entrée des enseignants dans les salles de classe soit disponible à tout bout de champs et que les enseignants aient dans la tête ceci : Sans la préparation, je n’ai pas le droit de fouler l’entrée de la classe. La condition sine-qua-non pour entrer dans une classe, selon moi, c’est avec la préparation correctement faite en main. Ainsi donc, bien qu’au départ je n’avais pas été bien compris, à cette date, mes collègues enseignants ont communié avec ma stratégie. Et à un pourcentage très élevé, les enseignants font les préparations correctement. Quant aux évaluations et aux corrections, elles sont aussi faites régulièrement.
Sur d’autres plan : le reboisement, la salubrité, le respect des mesures barrières contre la COVID-19, etc. sont respectés dans toutes les écoles. Aussi, les permissions intempestives du personnel enseignant sont bannies, sauf en cas de forces majeures. Le respect strict du règlement intérieur des écoles s’impose actuellement. La déontologie du personnel enseignant commence à être sérieusement respectée.
Concernant les infrastructures, quand je venais dans ce CAP, à sa création, il y avait huit lampadaires à l’intérieur du CAP. Mais à ma prise de fonction, il n’y avait qu’un seul qui fonctionnait. Aujourd’hui, avec l’aide des partenaires et avec certaines ressources propres aussi, tous les lampadaires fonctionnent. Il n’y avait également qu’une seule borne fontaine à l’intérieur. Mais depuis mon arrivée, nous avons pu installer cinq autres bornes fontaines. Quant au bâtiment qui abrite le personnel, nous avons pu au moins installer un ventilateur dans chaque bureau. Trois bureaux ont pu être équipés de climatiseurs, ce qui facilite le travail. Partout où il y avait des soucis d’éclairage, ou un manque quelconque pouvant handicaper une partie du service, nous avons pu mettre les choses au point. Le bureau du D-CAP a un tout nouveau visage. Le secrétariat a été aménagé convenablement. Nous avons instauré l’affichage des portraits des différents D-CAP qui se sont succédé à Kadiolo. Pour le moment, nous avons la présence des images de six d’entre-deux plus la mienne. Pour les deux manquants, nous sommes en train de les démarcher pour cela.
Il faut aussi souligner que j’entretiens de très bonnes relations avec les Maires des 9 Communes que notre structure sert, ainsi que les 136 Chefs de villages de la contrée. Je suis bien en phase avec le CGS. Les 286 écoles, sous notre administration marchent à hauteur de souhait.
Ainsi, nous avons 1304 enseignants et 49 824 élèves, du préscolaire à la 9ème Année.
Le Canard de la Venise : De votre bilan, Vous vous glorifiez de quoi ?
Mountaga Sako : Les communautés d’apprentissage (CA) fonctionnent à merveille, aujourd’hui. L’autorité est revenue aux Directeurs d’école. L’autorité est revenue aux Conseillers Pédagogiques et aux enseignants. Il y a eu des moments ici où les enseignants n’étaient même pas considérés par les élèves. Mais aujourd’hui, force est de reconnaitre que leur autorité est respectée.
Nous avons des difficultés, certes, dont le l’absence de véhicule pour le CAP, entre autres, mais avec l’aide d’autres structures comme le CSCOM de Kadiolo, nous parvenons à pallier à cela, pour le moment
Le Canard de la Venise : Concernant le dossier de mutation de certains enseignants de votre CAP, il y a eu des problèmes qui ont failli prendre une ampleur nationale. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Mountaga Sako : Lorsque je suis arrivé, avant l’ouverture, sur instruction du Directeur de l’Académie d’Enseignement de Kadiolo, Sinaly Togola, nous avons fait l’évaluation de l’année scolaire 2021-2022. Au cours de ce travail, nous avons conviés les CGS, les partenaires, les Directeurs d’école et les Mairies. A cette rencontre, j’ai demandé aux Directeurs d’école ce qui les empêchait de faire un bon résultat ou un bon pourcentage car les résultats n’étaient pas à la hauteur. Et unanimement, il s’est avéré qu’ils ont des adjoints qui ne veulent pas travailler. J’ai insisté pour qu’ils me communiquent les noms de ces adjoints en vain. Mon objectif était de les redéployer pour un meilleur résultat. Ainsi, selon moi, ces directeurs se sont trop familiariser avec leurs collègues enseignants au point qu’ils ne peuvent plus leur exiger le respect de leur contrat envers l’Etat. Le contrat stipule qu’il faut travailler selon le règlement intérieur et selon la déontologie de l’école. Mais à défaut de me communiquer les noms des enseignants qui handicapent le bon fonctionnement des structures scolaires, les Directeurs m’ont proposé de multiplier les visites inopinées pour prendre ces derniers la main dans le sac. Cela est effectivement une de mes tâches. Mais les Directeurs qui représentent l’ensemble des échelons au sein des écoles, je les ai suggérés de prendre des mesures exceptionnelles quand des situations exceptionnelles se présentent. A l’issu de ce travail, j’étais dans l’obligation de faire un réaménagement. C’est cela qui a été apprécié en mutation par les enseignants. Mais dans la logique, ce n’était pas une décision de mutation. Si j’étais dans la logique de sanctionner, la mutation serait intervenue. J’ai appelé cette méthode, la permutation. Il s’agissait de faire quitter un Directeur d’un point ‘’A’’ à un point ‘’B’’, sans qu’il ne perde son titre de Directeur. C’est ainsi que nous avons procédé. Ainsi, comme certains Directeurs ont à l’esprit que les écoles dans lesquelles ils exercent leur appartiennent car ils ont fait 15 ans dans ces structures et d’autres plus. Donc, ils ont fait une rébellion en infiltrant le syndicat des enseignants pour les pousser à un bras de fer. Mais j’ai interpellé le syndicat en leur faisant savoir que ma mission est de réussir à relever les défis de l’école. Et je me ferai le devoir de réussir ma mission selon les prérogatives de ma structure. Les responsables des syndicats n’ont pas compris mon objectif et ils ont entamé un bras de fer entre le syndicat et l’administration. Ainsi, même avec les explications sur mes intentions qui ne sont pas de sanctionner, ils n’ont pas cédé. Ils ont observé un premier mot d’ordre de grève de 72 heures. Quelques jours après, quand ils se sont aperçus que la situation ne changera pas avec cette posture, ils ont infiltré le syndicat au niveau régional. Et les responsables de ces mouvements n’ont pas daigné m’écouter pour avoir ma version aussi. Il y a eu encore un mot d’ordre de grève de trois jours, puis le boycott des évaluations, en vue.
Avant les évaluations, nous avons fait des rencontres au niveau de la Préfecture de Kadiolo, du Gouvernorat de Sikasso, de l’Académie de Kadiolo, mais rien n’a bougé. C’est à la faveur de la dernière rencontre, sur invitation du gouverneur d’antan, avant qu’il ne fasse valoir ses droits à la retraite, à Kadiolo où nous nous sommes rencontrés pour trouver une issue favorable. C’est à l’issu de cette rencontre que le syndicat a suspendu son mot d’ordre de grève. Les activités pédagogiques se déroulent normalement. Aujourd’hui, le CAP de Kadiolo fait partie des plus stables de la région. J’ai abandonné ma décision de permutation. Mais le motif de la reprise du travail était la suspension du mot d’ordre et non la levée du mot d’ordre. Nous osons croire que le travail va continuer et que nous irons aux examens sans autres difficultés.
Le Canard de la Venise : Quel appel lancez-vous à la population de Kadiolo ?
Mountaga Sako : Ayez un œil vigilent sur les enfants. Les parents doivent être les complices des enseignants. Ils doivent consulter et compléter le travail des enseignants.
Entretien réalisé par Alfousseini Togo
Source : Le Canard de la Venise
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