Le 18 Août 2024, le coup d’Etat perpétré contre Ibrahim Boubacar Kéita a eu quatre ans. Quel bilan peut-on attribuer aujourd’hui de cet acte interprété différemment par les Maliens depuis le début ? On le sait, si tout était rose sous IBK, le peuple n’allait pas rêver d’un changement radical à la tête du pays. Pendant ces quatre dernières années, il y a eu des avancées notoires sur le plan sécuritaire. Mais sur les autres plans, ne sommes-nous toujours pas à la case départ ? Alors, pour une avancée rapide du processus de refondation du Mali, qu’est-ce qui a manqué au serpent à cinq têtes qui dirige le Mali ?
Pour bien diriger une nation, il faut des intellectuels capables de proposer des alternatives à toutes les questions vitales concernant la vie de la nation.
Il faut reconnaitre que c’est sous l’ère Assimi que tout a débordé au Mali. Ainsi, de la crise énergétique aux inondations, le peuple est toujours entre patience et inquiétude. Le Mali a-t-il jamais connu une telle crise d’électricité ? Le peuple a-t-il été autant sevré d’argent et d’opportunités de travail ? L’atmosphère politique, dans notre pays, a-t-elle jamais atteint un tel niveau de pourrissement ? Le gouvernement malien a-t-il jamais été aussi inexistant et divisé ?
On le sait, dans ce bateau de la transition, il y a plus de cinq Commandants. Donc, il est très difficile de conduire ce bateau. C’est pourquoi, ne faut-il pas aller aux élections, très prochainement, pour avoir un seul commandant avec son idéal ?
Le Premier ministre, après avoir vaillamment donné un cap politique et une légitimité éclatante à cette transition, est aujourd’hui dénigré et presque mis à l’écart dans le circuit gouvernemental. Choguel n’a pas eu le courage de rendre sa démission et Assimi ne finira sûrement jamais d’analyser les conséquences de l’avancée du bateau sans l’idéologue politique le plus dynamique d’esprit et le plus courageux. A travers l’arrestation de certains de ses proches et même le mémorandum publié par ses collaborateurs, Dr Choguel Kokalla Maiga continue à marquer son temps à la tête du gouvernement. Peut-être que le Président de la Transition et ses proches sont dans une dynamique de ne pas continuer avec celui qui a aider à tout chambouler afin de parvenir au résultat que nous voyons aujourd’hui. Mais sans Choguel, cette transition pouvait-elle dépasser deux ans ? Si cette instabilité politique au sommet de l’Etat persiste, les problèmes vont refaire surface car l’expérience a montré que c’est la méthode participative qui est efficace.
Que dire de la crise économique et financière ? Aujourd’hui, le gouvernement se glorifie d’être toujours capable d’assurer les salaires des fonctionnaires et des militaires. Mais et la dette intérieure ? Et les dettes extérieures à courte durée ? Le régime de la transition doit être dans la dynamique de la promotion du secteur privé et de l’Agriculture. Mais le secteur privé se meurt et le monde rural est toujours victime des systèmes de vol et de pillage des gouvernants. En réalité, les Maliens n’ont plus d’argent et le Trésor public ne peut plus payer les factures. L’objectif des autorités doit être la décrispation du climat financier.
Le secteur de l’Education connait des reformes. Mais elle a commencé là où elle doit prendre fin. Pourquoi sécuriser autant les examens de fin d’année si rien n’a encore changé dans le système éducatif et dans le comportement journalier et des enseignants et des élèves ? D’après certaines sources bien introduites, la majorité des enseignants d’aujourd’hui ne maitrisent même pas la langue de travail qu’est le Français. Ainsi, il est bon de rendre les examens rigoureux, mais il est mieux de commencer par reformer le système éducatif. Aussi, pourquoi ne pas fermer les écoles privées à la base ? Les écoles privées sont commerciales au Mali.
L’armée, en chantier parvient à faire des miracles. Kidal est libéré, mais Tinzaouatène reste un caillou dans la chaussure du Président de la Transition et du Président de la fédération de Russie. Aussi, le Centre du pays reste une énigme pour les autorités. Pourquoi libérer les autres parties du pays sans le Pays Dogon ?
Sur le plan diplomatique, le plus choquant, c’est que le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale Abdoulaye Diop passe plus de temps au Mali qu’à l’extérieur compte tenu du contexte diplomatique difficile. D’ailleurs, il est très fréquent seulement au Niger et au Burkina Faso dans le cadre de l’opérationnalisation de la Confédération de l’AES.
Les contributions
Housseini Saye, membre du CNT : « …Il faut que le centre qui reste le maillon faible dans la lutte contre le terrorisme soit aussi renforcé avec des vraies unités de combat »
« C’est leur courage et leur détermination qui est en train de donner une lueur d’espoir à tout un continent. Mais pour l’instant, rien n’est gagné. La guerre continue et elle sera longue puisque c’est contre le monstre, c’est-à-dire, l’impérialisme. Les impérialistes se battent pour leurs intérêts et pour leur survie tout comme nous autres. Pour cela, nous devons encore tendre la main à tous les pays qui sont partenaires et amis à la Russie telles que la Chine, l’Inde, l’Iran, la Turquie, la Corée du Nord et biens d’autres. Et de l’intérieur, la transition doit davantage recruter des volontaires. Même s’il faut une armée d’un million d’Homme, c’est assez pour faire face à la nébuleuse terroriste des impérialistes. Nous devons continuer à nous équiper, à former nos militaires également, tout en renforçant la dynamique créée dans le cadre de l’AES qui reste la seule alternative par laquelle nous serons forts pour résister face aux envahisseurs de nos terres.
Le cap est bon dans l’ensemble mais il faut que le centre qui reste le maillon faible dans la lutte contre le terrorisme soit aussi renforcé avec des vraies unités de combat. Sinon, les populations du Centre sont à bout de souffle. Nous constatons des avancées dans le delta. Donc, nous pensons qu’ici aussi, c’est possible car les populations sont très essoufflées et très éprouvées. En plus cette guerre qui nous est imposée et qui nous oblige à retrouver notre souveraineté totale, il faut qu’il y ait une dynamique qui ouvrira également la voie à la souveraineté alimentaire ; sans quoi, le soutien des populations ne sera pas durable. Les terroristes appliquent en même temps une terreur sans pitié, mais aussi un plan pour affamer le pays en brulant les récoltes, en défendant de cultiver et en emportant tout le bétail. Il faut continuer à lutter farouchement contre la petite et la grande corruption de tous les Maliens. C’est ainsi que je vois la situation du pays après 4 ans de révolution ».
Soumaila Sangaré, Secrétaire général de la Commune urbaine de Djenné : « Pourquoi ne pas puiser dans le vivier des secrétaires généraux des collectivités territoriales pour les postes de sous-préfets, préfets…? »
« La situation sécuritaire s’est améliorée à peu près à 65%. L’armée parvient à faire des exploits en libérant progressivement les villes et villages sous l’embargo des terroristes. Aussi, l’armée a été équipée avec des matériels de qualité. Il y a des recrutements, des formations, etc. Mais il reste beaucoup à faire encore pour assurer la défense et la sécurité pérenne de l’ensemble du territoire. Par ailleurs, sur le plan éducatif, Nous nous apercevons déjà qu’il y a des Hommes qui essaient tant bien que mal d’appliquer la règlementation en vigueur. Les surveillances et les corrections des examens son très sévères. Je pense que le niveau de l’école monte actuellement el flèche.
Mais le développement d’une nation a pour bases : l’autosuffisance alimentaire, la santé, l’éducation et la stabilité. Aujourd’hui, plus de 50% des écoles qui assurent l’éducation des enfants sont privées. Le gouvernement doit vraiment revoir cette pratique. Il faut rendre public l’éducation de base et supprimer les écoles privées qui sont plutôt commerciales. Il faut valoriser les écoles publiques.
Sur le plan sanitaire, des infrastructures sanitaires ont été bien renforcées. Mais l’accueil n’est pas au rendez-vous dans nos structures hospitalières et autres. Il faut doter tous les hôpitaux du pays de spécialistes pour que tout le monde se soigne chez soi.
La justice, quant à elle, à créé une dynamique qui fait croire qu’il n’y a plus d’intouchable aujourd’hui.
Dans le domaine de l’Agriculture, les engrais subventionnés et les ristournes des cotonculteurs étaient détournés. Mais il faut une politique plus réaliste pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire. Nous constatons qu’il y a d’énormes potentialités, mais les investissements manquent cruellement dans ce secteur vital.
De nouvelles régions, cercles et communes ont été créés. Mais les nominations récentes de Préfets et sous-préfets ont été une véritable mascarade. Il y a deux fonctions publiques au Mali : la fonction publique de l’Etat et celle des collectivités territoriales. Pourquoi ne pas puiser dans le vivier des secrétaires généraux des collectivités territoriales pour les postes de sous-préfets, préfets et autres également ? Les Secrétaires généraux des communes sont des cadres à faire valoir aussi. Le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation est interpellé. La refondation doit avoir un sens.
Sur le plan énergétique, l’Energie du Mali est dans l’agonie. Cela a considérablement augmenté de taux de chômage. Les petites et moyennes entreprises ferment leurs portes. Le problème d’électricité joue un rôle crucial dans le développement du banditisme et du terrorisme.
La gestion politique du pays est très amère. Il n’y a pas une gestion consensuelle et concertée. Ce qui rend la vie de la nation très difficilement appréciable. La classe politique est divisée et matraquée. Comment réussir à refonder dans une telle condition ?
Ainsi, même si beaucoup reste à faire, le bilan de la transition est globalement positif. Mais elle doit avoir une fin. Une transition de 4 à 5 ans, ça devient un mandat ».
Alfousseini TOGO
Source : Le Canard de la Venise
En savoir plus sur Venise Mali
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
