Ahmed Sékou Diallo est membre fondateur de l’Association de Formation et d’Appui au Développement (ONG AFAD) un agent de développement. Il est aussi membre du Réseau Réussir la Décentralisation au Mali (RLD). Il coordonne le Consortium RLD/AFAD et à ce titre est coordinateur du Programme Partenariats pour l’Exercice d’une Gouvernance Appropriée (PEGA) dans ses Phases IV et V sur financement de la Coopération Suisse. Il détient plus de trente ans d’expériences de développement et est pluridisciplinaire. Il a conduit plusieurs projets/programmes sur financements de la Suisse, de la Suède (Diakonia, Malifolkcenter, Save The Children), du Danemark (FAMOC), de l’Allemagne (DED, BORDA), de l’Australie, des USA (Fondation OSIWA), du PNUD, du PAREM, etc. Il a contribué à la mise en place de plusieurs réseaux plateformes, coalitions, etc. Il est actuellement le Président de la Plateforme Nationale des Acteurs de la Société Civile sur le Climat l’Environnement et le Développement Durable (PNASC-CED- Mali) et est le Président par intérim de la Coalition des OSC pour la Lutte contre la Corruption et la Pauvreté (COSCLCCP). Au niveau continental, il est membre du Bureau Continental de l’Alliance Panafricaine pour une Justice Climatique (PACJA) et Président du Réseau francophone Réseau Climat & Développement (RC&D). Il est membre enfin du Bureau de l’Afrique de l’Ouest et du Centre du Réseau Mondial sur la prévention des Risques de Catastrophes (GNDR). A ces titres, il a participé à plusieurs rencontres internationales dont les COP sur la Désertification, les Changements Climatiques, la Biodiversité, etc.
Le Canard de la Venise : Le programme Partenariats pour l’Exercice d’une Gouvernance Appropriée, phase 5 prend fin cette année. Faites-nous son bilan !
ASD : Le Programme Partenariats pour l’Exercice d’une Gouvernance Appropriée (PEGA), dans sa phase 5 avait été financé depuis 2019. Le programme devait prendre fin en Avril 2023 mais nous avons connu un avenant jusqu’en fin décembre 2023.
C’est un programme que nous saluons dans sa pertinence mais aussi au niveau des résultats engrangés. Nous avions pour mission d’intéresser la société civile des régions, de Mopti, de Sikasso et de Tombouctou au développement local mais surtout s’approprier du fonctionnement des financements suisses.
Ainsi, dans le cadre du Contrôle Citoyen de l’Action Publique (CCAP), nous avons contribué à améliorer la gouvernance dans certaines collectivités notamment régionales et même communales. Nous avons œuvré dans les régions de Sikasso, Mopti et Tombouctou. Nous avons pu impliquer davantage la société civile dans la gestion des collectivités. Les femmes et les jeunes aussi ont été un peu plus impliqués et ont joué pleinement leurs rôles et responsabilités dans la gestion de la chose publique. Nous avons pu œuvrer à faire en sorte que les projets financés puissent profiter aux femmes et aux jeunes. Par rapport au CCAP, nous confirmons que les services sociaux de base ont connu des améliorations significatives tant au niveau des infrastructures mais aussi au niveau des services. Les passations de marchés se sont améliorées et sont devenues plus inclusives et transparentes. Les bénéficiaires des services ont montré leur satisfecit sur la qualité des changements apportés. La société civile à travers des Comités CCAP ont conduit une trentaine de sessions d’interpellations démocratiques ont permis de corriger des défaillances énormes : des pistes mal réalisées corrigées, un lycée opérationnel après plus de 10 ans de tergiversements, des services au niveau des hôpitaux améliorés, des boucheries et entreprises agroalimentaires opérationnels sans oublier un marché agricole rentabilisé, etc.
Au niveau de la gouvernance foncière, Le Consortium RLD/AFAD a accompagné l’Etat à la mise en place de plus d’une cinquantaine de Commissions Foncières dans les Régions de Mopti, de Sikasso et de Tombouctou. Ainsi, nous retrouvons des Commissions Foncières communales et villageoises qui ont contribué à la prévention mais aussi à la gestion des conflits fonciers. Des études sur les us et coutumes ont été menées. Les membres des CoFo ont vu leurs capacités renforcées (rôles et responsabilités, tenue des outils de transaction, tenue de procès-verbaux de conciliation et/ou de non conciliation, etc). Au niveau national, nous avons appuyé à la mise en place d’une plateforme numérique qui facilite la synergie au niveau du Secrétariat de la Loi d’Orientation Agricole. Le Réseau SéFa sur le foncier agricole a été un partenaire de mise en œuvre professionnel et efficace dans l’accompagnement des commissions foncières.
Un autre axe a concerné la promotion des autorités traditionnelles. CRI-2002 est le partenaire de mise en œuvre. L’Etat a suivi le plaidoyer à travers la promotion des autorités traditionnelles, qui ont vu l’Etat les consacrer une journée nationale. Ils ont droit à des insignes et des décorations pour les distinguer des autres citoyens. C’est un travail de longue haleine qui vient de se concrétiser.
Le Canard de la Venise : A la lumière de ce bilan herculéen, avez-vous pu faire une remarque par rapport, par exemple, aux collectivités les plus sérieuses et les moins travailleuses ?
ASD : Nous n’allons pas nous exprimer en termes de sérieux ou pas, mais en termes de résultats. Nous avons constaté que les collectivités se sont beaucoup améliorées et servent de référence. Par exemple, la région de Sikasso est devenue une référence en matière de coopération transfrontalière à travers les actions entre Sikasso, Bobo Dioulasso et Korhogo (Mali-Burkina Faso-Côte d’Ivoire). Il y a une dynamique qui s’est installée entre les différentes régions. Les Conseils Régionaux ont mis en place des outils de développement et sont maitres de leur développement. Ils ont développé des filières porteuses au profil de leurs communautés. Sikasso a mis en place un schéma d’aménagement transfrontalier intégré et un schéma d’aménagement notamment, qui ont permis d’identifier les besoins au niveau transfrontalier et à partir de ces besoins, des études ont été menées et des infrastructures ont été financées. Ces infrastructures transfrontalières répondent vraiment aux besoins des populations car ce sont les populations elles-mêmes qui les ont identifiées comme prioritaires. Ainsi, les responsables de beaucoup d’autres régions se rendent à Sikasso pour s’enquérir de cette expérience.
Pour ce qui concerne la région de Mopti, quand on commençait les activités, il y avait beaucoup de faiblesses. Nous les avons accompagnés au niveau de la gouvernance et par la suite, il y a eu des bons résultats. Des infrastructures qui étaient mises à la disposition des populations, mais qui étaient abandonnées sans entretien dont les boucheries. Avec l’appui du comité CCAP, qui a interpellé les autorités, ces infrastructures sont, aujourd’hui, opérationnelles. Ainsi, nous avons vu des créations d’emploi, des services sociaux de base fournis normalement. On a vu aussi l’amélioration de la qualité de ces services. Donc, pour nous, les choses ont beaucoup évolué.
A Tombouctou, nous avons eu les mêmes impressions. Là, nous nous sommes intéressés au développement de la filière gomme arabique qu’on a renforcé. Et je pense que dans les années à venir, cette filière va faire la fierté de cette région.
Ce sont là quelques résultats qui sont salutaires. Les régions que nous accompagnons sont beaucoup sollicitées. Et d’ailleurs, nous sommes beaucoup sollicités par d’autres régions pour leur accompagnement.
Le Canard de la Venise : qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de l’exécution du PEGA-5 ?
ASD : C’est le travail du Contrôle citoyen de l’action publique qui m’a le plus marqué ; surtout le résultat. On s’est rendu compte que quand la société civile s’intéresse aux fonds alloués aux collectivités, ils sont mieux gérés. On a vu le rôle des comités CCAP qui sont actuellement des pièces maitresses des conseils régionaux. En cas d’appel d’offres, depuis le début du processus, ils sont impliqués. Ils sont impliqués aussi dans le suivi. Ce qui rend la qualité des services meilleure.
Le Canard de la Venise : Quand- n’est-il du budget du PEGA-5 ?
ASD : Nous saluons l’accompagnement de la Coopération Suisse. Le budget du PEGA-5 s’élève à 850 Millions FCFA à peu près pour 3 régions et 3 ans dans la composante société civile. Ainsi, pour la qualité du travail qu’on a mené, on aurait souhaité avoir plus parce que les attentes étaient très importantes. Nous avons également travaillé de manière à ce que d’autres partenaires contribuent. Ce qu’il faut surtout savoir, c’est que c’est un programme conçu ; à travers lequel plusieurs partenaires multi-acteurs devaient financer et la coopération suisse devait donner sa contribution. C’était un programme de plus de 2 Milliards FCFA. La Coopération Suisse a contribué à hauteur de 840 Millions. Nous attendons maintenant beaucoup plus de contribution de la Coopération Suisse pour être plus efficace.
Le Canard de la Venise : D’après certaines sources bien introduites, les CCAP ont changé le mode de gouvernance de certaines collectivités. Qu’en pensez-vous ? La situation ne peut-elle pas être réversible ?
ASD : Si les CCAP ne sont pas accompagnés, ils peuvent baisser les bras. Nous les avons formés et renforcer de telle sorte qu’ils soient autonomes. Mais il faut dire que l’accompagnement en 2 ou trois ans n’est pas suffisant. Il faudrait encore une autre phase d’accompagnement pour parfaire leur autonomie. Qu’ils soient des structures qui sont accompagnées par d’autres partenaires, mais qui sont pris en compte aussi dans le cadre de l’élaboration des PDESC et des budgets des Conseils régionaux. Il faut qu’ils puissent bénéficier des subventions pour les permettre de jouer pleinement leur rôle de suivi-évaluation des actions des collectivités territoriales. C’est un travail continu. Nous n’allons pas baisser les bras. Mais il est important que non seulement les CCAP, mais aussi les CoFo et les comités de veille citoyenne que nous avons mis en place puissent être encore accompagnés. Au niveau des commissions foncières, c’est le rôle régalien de l’Etat de les mettre en place et de les accompagner. Donc, l’Etat doit accompagner ces CoFo pour la prévention et la gestion des conflits fonciers, malgré les difficultés du moment.
Le Canard de la Venise : En 2020, la maladie à Coronavirus a beaucoup joué sur l’évolution des programmes. Qu’en est-il du cas du PEGA-5 ?
La maladie à coronavirus a beaucoup impacté négativement sur le PEGA-5 aussi. Au départ, on ne pouvait pas tenir des activités de masse alors que notre travail, c’est la sensibilisation, la formation, la mobilisation sociale, etc. Il a fallu aussi attribuer une grande partie des fonds à la lutte contre la COVID-19. A cause de la COVID-19, nous avons eu cet avenant que nous avons exécuté, mais sans ressources additionnelles.
Là, nous sommes dans la phase d’élaboration d’un nouveau programme. Nous lançons un appel aux partenaires techniques et financiers, notamment la Coopération suisse, pour accompagner cette idée. L’idée, c’est de consolider ce que nous sommes en train de faire afin d’assurer plus de succès et plus de garantie dans l’efficacité et l’efficience. Pourquoi pas aller vers une extension à des collectivités locales plus décentralisées. Il est temps que nous fassions des actions d’envergure, à la hauteur des problèmes, pour solutionner les vrais problèmes. Nous devons arrêter de faire du saupoudrage pour plus d’efficacité et de résultats dans les actions.
Le Canard de la Venise : Le PEGA-5 a pris fin. Et après ?
ASD : Il y aura un nouveau programme. C’est à la Suisse de décider. Je sais qu’ils viennent d’élaborer une nouvelle stratégie qui a été validée. Normalement, un nouveau programme va suivre.
Le Canard de la Venise : Quel appel lancez-vous au peuple, aux dirigeants et aux partenaires ?
ASD : Nous lançons un appel aux élus des Conseils régionaux pour un développement endogène et équilibré. Les collectivités doivent être au cœur du développement. L’Etat doit jouer son rôle accompagnateur et de tutelle.
Nous lançons aussi un appel aux partenaires techniques et financiers d’accompagner les collectivités locales et la société civile.
Enfin, nous prions pour qu’une paix durable et une cohésion sociale s’installent enfin au Mali et dans le monde. Sans la paix, il n’y a pas de développement.
Les populations à la base ont assez souffert. Merci pour les efforts de sécurisation. Merci aussi aux médias pour leur rôle essentiel.
Entretien réalisé par Alfousseini TOGO
Source : Le Canard de la Venise
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