Le régime de la transition au Mali est l’émanation du peuple, d’après les autorités de la transition. Le Colonel Assimi Goïta et ses compagnons travaillent avec les doléances du peuple. Ils exécutent la volonté du peuple.
Cette populace qui se balade sur les réseaux sociaux n’est pas le peuple. La volonté de la rue n’est pas aussi la volonté du peuple.
Alors, pourquoi nos leaders politiques, leaders d’opinion, dirigeants, etc. prennent-ils les aspirations des internautes pour des doléances du peuple, alors que ce sont eux qui doivent faire la part des choses ?
Ainsi, le Mali a quitté la CEDEAO avec les autres pays membres de l’Alliance des Etats du Sahel sans aucune consultation préalable des différents peuples. Est-ce parce que les réseaux sociaux et les rues l’avaient déjà validé ? Pourquoi la manifestation programmée par le gouvernement pour soutenir cette décision n’a pas été suivi par les Millions de Maliens comme la décision de chasser Barkhane ?
Nous voyons également notre pays basculer avec le Niger et le Burkina Faso dans une Confédération. Jusqu’à cette étape, aucune consultation du peuple n’a été faite par la voie normale. Pourquoi vouloir agir avec l’esprit du peuple et manipuler les informations sur les réseaux sociaux, afin d’asseoir une fausse base de popularité ?
Ainsi, nos gouvernants sont en train de prendre des décisions souveraines, sans passer par des voies normales de consultation du peuple. On peut impliquer le peuple à travers le référendum, le sondage, les représentations du peuple dans la démocratie représentative (l’Assemblée Nationale), etc.
En effet, le peuple n’est ni un club de soutien, ni d’opposant. C’est cette majorité calme, dont la voix compte aussi.
Aussi, nos autorités aiment souvent se fier aux ‘’forces vives de la nation’’. Sous quels critères ces personnes représentent-elles le peuple ?
D’ailleurs, c’est parce qu’il n’y a pas d’institutions fortes au Mali que certaines décisions passent sans autres formes de procédures. Sinon, l’annulation du concours de la fonction publique de l’Etat de 2023, même si c’est une décision administrative légale, elle est injuste. S’il y a une mafia autour de ce concours, il fallait prendre des mesures pour l’assainir et continuer le processus. Aujourd’hui, avec cette annulation, l’argent qui a servi à l’organisation est gaspillé et la chance des candidats admissibles sans fraude est minimisée.
La gestion d’un Etat repose sur un système. Aujourd’hui, nous avons le système démocratique qui, jusque-là semble être meilleur que tous les autres car il fait participer le peuple dans la gestion des affaires publiques, sauf ceux qui ne l’ont pas encore compris.
A en croire certains dirigeants, c’est le peuple qui dirige aujourd’hui. Mais le peuple peut-il se diriger lui-même ? Le peuple est-il à mesure de connaitre les rouages du pouvoir et de prendre les bonnes décisions ? Pourquoi les informations sensibles sont-elles toujours cachées à la population ?
« Le peuple est le pire ennemi d’une nation ». Il connait tout ; il voit tout ; il entend tout ; il veut tout ; etc.
Dans un pays dirigé par la rue, le régime ne peut pas prospérer. Il faut dissocier l’exercice du pouvoir et la rue. Il faut également travailler à mettre en place des outils fiables de consultation du peuple. Si le peuple se soulève, ni la rue, ni les réseaux sociaux encore moins l’armée ne peuvent l’arrêter.
Est-ce que c’est la rue qui se dit peuple qui trompe les autorités de la transition ou ce sont les autorités de la transition qui trompent le peuple en faisant croire que cette dimension de peuple est réellement représentative de la nation malienne ?
Par Alfousseini Togo
Source : Le Canard de la Venise
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