L’Alliance des Etats du Sahel (AES), composée de trois Etat : le Burkina Faso, le Mali et le Niger a créé la sensation, avec le retrait de ses pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). D’autres actions doivent suivre dans les prochaines semaines. Pourquoi cette rupture avec une communauté qui a ses défauts, mais qui a ses avantages aussi ?
« On a vu des ministres français ou même le Chef de l’Etat prédire les conclusions des sommets de la CEDEAO sans qu’aucun responsable de l’organisation ne les rappelle à l’ordre. Il y a des pays, comme le Mali, on aurait pu continuer à protester et à faire des communiqués, mais nous avons dit aussi que quelque part il faut que nous apportions une alternative, une réponse géostratégique. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place l’Alliance des Etats du Sahel. On ne veut pas d’une organisation qui soit téléguidée depuis l’extérieur. Nous avons aussi décidé que ce sont nos propres Etats qui financent cette organisation. Notre charte n’a pas prévu que nous recevons de l’argent de qui que ce soit. Donc, s’il y a des réponses sécuritaires, elles doivent être des réponses à la hauteur de nos moyens ; et les moyens, nous en avons. Nous ne sommes pas aussi pauvres que ça car c’est la géopolitique qui créée cette pauvreté et même l’entretient. Nous voulons proposer une nouvelle approche de la solidarité et de l’intégration régionale. Nous voulons travailler, au-delà de l’alliance sécuritaire, sur le plan de développement, y compris les questions monétaires qui sont à l’ordre du jour aujourd’hui », a déclaré Abdoulaye Diop, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale.
L’AES est une organisation Sahélienne, qui ne prévoit pas de financement à partir de l’extérieur et dont le destin des pays n’est pas lié à l’humeur d’une puissance. Ainsi, si cela se concrétise, un géant est en train de sortir des sables du Sahel pour concurrencer les « grands » du monde. Un Etat ne peut grandir sans le minimum de respect. Les trois Etats de l’AES étaient trimballés par la France à cause du terrorisme et des rebellions successives, qu’elle aurait, elle-même provoqué, avec l’Algérie, concernant le cas spécifique du Mali.
Pour Choguel Kokalla Maïga, Premier ministre : « La CEDEAO est devenue une menace pour nos pays, car son dessein lugubre consistait à provoquer l’effondrement de nos Etats pour satisfaire les intérêts de puissances étrangères, sponsors notoires du terrorisme. La CEDEAO a brillé par son manque d’empathie de solidarité et de vision stratégique face au terrorisme auquel sont confrontés les trois Etats, pourtant digues de protection pour les Etats de la côte Ouest ».
Aujourd’hui, la solidarité tant souhaitée est en vigueur entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. C’est ce qui a permis à ces trois pays d’engranger des résultats probants dans la lutte contre le terrorisme. Ces Etats ont plusieurs partenaires stratégiques dans le cadre de la coopération militaire. On le sait, le principal partenaire est la fédération de Russie. Mais il y a d’autres partenaires spécialisés dans certains domaines spécifiques qui travaillent avec nos Etats comme la Turquie, qui fabrique les drones, la Chine, l’Iran pour les missiles, etc.
Sur d’autres plans, ces trois Etats réunis forment une puissance sur les plans économiques et stratégiques. Il y a de fortes suspicions en cours concernant le prochain retrait de nos pays de l’UEMOA et du Franc CFA. Le ton a déjà été donné par le Capitaine Ibrahim Traoré, Président de la transition du Burkina Faso sur Afromédia, avec Alain Foka : « Notre itinéraire est un chemin de non-retour. Les chaines que nous sommes en train de briser, c’est pour toujours. Dans tout ce que nous faisons, des choses vont peut-être vous surprendre encore. Il n’y a pas que la monnaie, tout ce qui est lié ou qui nous maintient dans l’esclavage, nous allons le briser ». Cela signifie que la vraie indépendance des peuples du Sahel est pour très bientôt. Qu’est-ce que nous n’avons pas pour pouvoir garantir, ensemble, notre monnaie ? Pourquoi nos Etats n’avaient jamais envisagé la vraie union comme les Etats-Unis ? Si les USA sont la première puissance économique mondiale aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont unis. Alors, l’AES va se lancer dans cette aventure pour un avenir radieux. Ainsi donc, les organisations comme la CEDEAO, l’UEMOA et l’UA ont atteint leur limite. D’ailleurs, depuis 2021, le Mali ne jouit plus de ces organisations, mais les institutions du pays fonctionnent.
Ce qu’il faut actuellement pour nos Etats, ce sont des jeunes travailleurs et dévoués. On ne peut pas se développer avec les dons et les aides des puissances. « Nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide », d’après Thomas Sankara.
Si les peuples du Mali, du Burkina Faso et du Niger acceptent le sacrifice et la souffrance pendant une décennie, le géant AES nous sortira du sous-développement et nous propulsera vers une place stratégiquement respectable dans le monde. D’ailleurs, nos Etats imposent déjà le respect.
Par Alfousseini Togo
Source : Le Canard de la Venise
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