Dans un contexte sécuritaire marqué par la complexité et la méfiance, le colonel major Olivier Diassana, gouverneur de la région de Bandiagara, apparaît pour beaucoup comme un administrateur au profil singulier : un officier devenu gestionnaire civil, attaché à la stabilité et au dialogue.
Depuis son arrivée au gouvernorat de la région de Bandiagara, plusieurs initiatives locales de concertation et d’apaisement ont contribué à réduire les tensions communautaires et à restaurer une certaine confiance entre populations, autorités administratives et forces de défense et de sécurité. Dans une région longtemps secouée par les violences intercommunautaires et les incursions de groupes armés, cette approche axée sur la médiation et la présence de l’État a été perçue comme un souffle nouveau.
Certains observateurs estiment qu’il a cherché, contre vents et marées, à privilégier une solution malienne et institutionnelle à la crise, en misant sur le retour progressif des communautés déplacées, notamment peules, et sur un encadrement strict des acteurs armés non étatiques. Son positionnement, parfois interprété comme une volonté de limiter l’influence d’acteurs militaires extérieurs et de contenir les initiatives de milices locales, a pu susciter débats et incompréhensions.
La question des chasseurs traditionnels, souvent associés à la figure de Youssouf Toloba, chef du mouvement Dan Na Ambassagou, reste un point sensible. L’histoire récente a montré que la multiplication d’acteurs armés parallèles complique la lisibilité de la chaîne de commandement et fragilise la cohésion nationale. Pour ses partisans, la prudence du gouverneur face à ces dynamiques traduit une vision stratégique : éviter que la réponse sécuritaire ne se transforme en facteur supplémentaire de division.
Il convient toutefois de rappeler une réalité institutionnelle fondamentale : un gouverneur, représentant de l’État dans une région. Il n’est pas le commandant opérationnel des forces armées. Les opérations militaires relèvent de la hiérarchie sécuritaire nationale. Dès lors, attribuer directement au gouverneur la responsabilité d’attaques comme celles survenues à Kendié ou ailleurs relève d’un raccourci. Son rôle est d’assurer la coordination administrative, la gestion civile de crise et la cohésion sociale, non de planifier les opérations tactiques.
La suite de la crise sécuritaire à Bandiagara dépendra de plusieurs facteurs : la coordination entre autorités civiles et militaires, la capacité à maintenir le dialogue intercommunautaire et la restauration progressive de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire régional. Si le gouverneur entend poursuivre sa ligne, il devra continuer à naviguer entre exigences sécuritaires, pressions politiques et attentes des populations.
L’enjeu, au fond, dépasse la personne d’Olivier Diassana. Il concerne la place du pouvoir civil dans la gestion d’une crise militarisée et la recherche d’un équilibre durable entre sécurité, justice et réconciliation. Si son approche de stabilisation par le dialogue et la responsabilité institutionnelle s’avère durable, elle pourrait constituer un modèle. Dans le cas contraire, la région risque de replonger dans un cycle où la logique des armes l’emporte sur celle de la gouvernance.
Alfousseini TOGO
Source : LE CANARD DE LA VENISE
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