Selon le ministère de la Réconciliation nationale, environ 2 000 ex-combattants seront recrutés comme soldats de deuxième classe au sein des Forces de défense et de sécurité (FDS). Mille autres pourront reprendre une vie civile active. Mais sont-ils réellement des ex-combattants ? Comment avoir confiance en un frère et couper les relations avec l’autre ? L’histoire nous a toujours prouvé que ce système ne marche pas. Alors, pourquoi ce recul encore du ministre Ismaël Wagué, après des prouesses guerrières ? La refondation du processus de paix est-elle mort-née ?
Il y a deux ans, presque tous les groupes armés du Nord du pays ont été classés dans la catégorie des terroristes par le gouvernement. Cela a permis d’atteindre certains objectifs militaires dont la prise des villes stratégiques comment Ber, Kidal, Tessalit, Aguel-hoc, Anéfis, etc. Aujourd’hui, l’armée est-elle fatiguée des conquêtes ? Pourquoi, jusqu’à nos jours, Tinzaouatène n’a-t-elle pas été libérée par l’armée ?
On le sait, au Mali, tout est en perpétuel reconstruction. Enlisé sous Ibrahim Boubacar Keïta puis stoppé net par la reprise de la guerre entre la rébellion, aujourd’hui terroriste et Bamako, le processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) est relancé. Du moins pour les groupes armés dits « loyalistes », fidèles au gouvernement. Pourquoi chercher à protéger certains terroristes et combattre d’autres ? D’autres que moi diront ceci : « Il n’y a pas de bon chiot ».
Le programme désarmement, démobilisation et réinsertion vise à réduire la présence des groupes armés et à favoriser la stabilité du pays. Lancé en 2015 dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, il a connu de nombreuses difficultés avant d’être officiellement relancé le 11 février 2025 par le gouvernement de la transition. Cette nouvelle phase, baptisée DDR-1, prévoit l’intégration dans l’armée de combattants issus de groupes armés du Nord et du centre du pays, mais uniquement ceux ayant choisi de coopérer avec les autorités maliennes. Contrairement à la première tentative, qui s’adressait à toutes les factions signataires de l’accord de paix, cette initiative exclut les groupes dissidents en conflit avec le gouvernement.
Il n’y a plus d’accord de paix. Ce processus est mis dans quel contexte ? Les ennemis d’hier sont les amis d’aujourd’hui. Le gouvernement s’apprête ainsi à commettre, au nom de la refondation, les mêmes erreurs fatales que les régimes précédents. En effet, après avoir promis au peuple Malien que plus rien ne sera comme avant, les vieux démons refont surface en plein jour.
Cette intégration militaire a pour but de restaurer la confiance entre les différents acteurs et de favoriser une réconciliation durable. Le ministre de la Réconciliation nationale, le général Ismaël Wagué, a souligné que ce processus ne se limitait pas à l’incorporation des ex-combattants, mais qu’il servait également à créer un climat de stabilité propice à la cohésion nationale. « Il s’agit aussi de créer un climat de confiance entre les acteurs et de favoriser une réconciliation sincère et durable », a-t-il déclaré. Et ceux-là qui sont exclus ? Vont-ils dormir dans leurs contrées ?
Parmi les groupes concernés, figurent notamment le Groupe d’Autodéfense Touareg Imghad et Alliés (GATIA) dirigé par le gouverneur de Kidal, le général El Hadj Ag Gamou, ainsi que le Mouvement pour le Salut de l’Azawad (MSA) de Moussa Ag Acharatoumane, actif à Ménaka et Gao. Le programme inclut également des groupes armés moins influents tels que le Mouvement Arabe de l’Azawad – Coalition du Peuple pour l’Azawad (MAA-CPA), les différentes factions du CMFPR (Coordination des Mouvements et Fronts Patriotiques de Résistance), les chasseurs traditionnels Dozos de Dan Na Ambassagou et certains groupes d’autodéfense peuls. Le gouvernement espère ainsi limiter la prolifération des armes et réduire les tensions dans les zones les plus touchées par l’insécurité.
Si nous devons désormais compter sur la dimension culturelle pour la résolution des conflits et l’instauration d’un climat de paix durable, il faut stopper ce système d’intégration des groupes d’auto-défense et des groupes terroristes au sein des forces de défense et de sécurité. Ces hommes constitueront toujours une menace pour l’armée elle-même. D’ailleurs, ce programme est le fruit d’une nouvelle rectification après le départ de Choguel Kokalla Maïga. Il met en branle l’incohérence et le manque d’initiative des tenants du pouvoir. Avec cette pratique traditionnelle, pouvons-nous imaginer que la refondation tant souhaitée sera une réalité au Mali ?
D’ailleurs, dans les débats pour l’adoption de la Charte pour la paix et la cohésion sociale, la majorité des participants aux débats ont visiblement exprimé un avis défavorable au nouveau programme de DDR dit DDR-1. « Il faut insérer les combattants partout, sauf dans l’armée », d’après un délégué.
Aussi, tous ces groupes d’auto-défense et/ou certains terroristes ont fait du mal quelque part. Il n’en demeure pas moins pour les chasseurs. Alors, les ennemis d’hier étant les amis d’aujourd’hui, pourquoi entretenir encore des groupes qui seront des ennemis de demain, surtout ceux du Nord ?
Pourquoi ce régime transitoire semble être plus ancré dans les stratégies politiciennes que les régimes politiques elles-mêmes ?
Le ministre de la réconciliation nationale, de la paix et de la cohésion sociale, le Général de Corps d’armée Ismaël Wagué est interpellé : « Qui veut la paix, prépare la guerre », dit un adage. Il faut donc poursuivre l’offensive militaire et mettre fin à ce « maudit système », qui nous rappelle le cas de « Bamoussa Diarra ». Ne recrutez plus d’autres Bamoussa Diarra dans l’armée.
« Na laara, an saara »
Alfousseini TOGO
Source : LE CANARD DE LA VENISE
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